Transition Ecologique – Pourquoi on n’a (presque) pas avancé en 45 ans

December 12, 2017

 

45 ans. C’est le temps écoulé depuis la publication du Rapport Meadows, certes critiquable mais fondateur en termes de prise de conscience des limites d’un modèle de société dépendant de la croissance infinie de la consommation d’énergie, de sols et autres matières premières.

 

Depuis, il a fallu des dizaines d’années pour constater quelques avancées (émissions mondiales de GES plus ou moins stables depuis 3 ans, compétitivité croissante des énergies propres, objectifs fixés par les Etats et les villes…), incontestables mais encore loin d’être suffisantes.

 

On a vu au cours de l’histoire des sociétés basculer vers de nouveaux paradigmes en moins d’une génération. On a vu des peuples galvanisés au nom d’une nation, d’une religion, d’une race, ou de je ne sais quelle autre abstraction-de-l’imagination-fertile-de-l’homme. Alors pourquoi pas au nom d’un enjeu concret de préservation de notre habitat au nom des générations futures ? Qu’est-ce qui bloque ?

 

(Avertissement : cet article est quasi-100% pessimiste mais je suis généralement de nature optimiste, et je m’épanche souvent sur les nombreux aspects positifs de notre civilisation.)

 

Je tiens au passage à remercier les auteurs de la douzaine d’articles auxquels renvoie le présent texte. Merci pour votre travail d’analyse et d’information.

 

 

La classe politique a longtemps été larguée sur le sujet

 

Ne parlons même pas de ce qui précède les années 2000. Aujourd’hui encore on entend des chefs d’Etat pourtant cultivés et brillants dire des énormités, dénotant une profonde méconnaissance des notions écologiques les plus basiques… quand ils ne rejettent pas carrément en bloc les preuves scientifiques de la responsabilité de l’homme dans la dégradation de l’environnement.

 

Sans en être la seule cause, cette méconnaissance se traduit par un manque de volonté politique freinant la mise en place de cadres réglementaires réellement ambitieux. Bilan après 25 ans de tractations depuis le Sommet de Rio ? Un « accord » entre 195 Etats à l’issue de la COP 21… accord cependant non-contraignant avec des objectifs insuffisants pour atteindre le fameux objectif 2°C.

 

 

Le dérèglement climatique focalise toute l’attention

 

La menace mérite en effet d’être traitée, mais aussi colossal soit l’enjeu, il n’en est qu’un parmi de nombreux autres. Nous sommes par exemple collectivement encore plus largués sur la perte de biodiversité que nous le sommes sur le dérèglement climatique, sur quoi nous avons au moins des objectifs, des systèmes de mesure, et une compréhension fine des causes. Pourtant, nous traversons bien la sixième crise d’extinction des espèces à l’échelle géologique, sans prise de conscience réelle des causes ni des conséquences pour notre civilisation.

 

Moi-même qui m’intéresse à ces sujets, il a fallu me tourner vers un expert pour une explication structurée (et pourtant simple) des causes du phénomène. Pour information :

  • La pollution des écosystèmes (déchets, pesticides…)

  • La surexploitation des espèces (surpêche, braconnage…)

  • L’occupation incontrôlée des sols (urbanisation, agriculture conventionnelle…)

  • L’introduction d’espèces invasives

  • Le dérèglement climatique

 

Autant sur le dérèglement climatique les émissions de GES sont stabilisées, autant sur la biodiversité les tendances sont tout simplement catastrophiques, et n’apparaissent sur l’écran de pas-grand-monde.

 

 

Les entreprises ne parviennent pas à renouveler leurs business modèles

 

« Aujourd’hui on parle de Développement Durable dans les entreprises alors qu’avant on n’en parlait jamais ». Au-delà de la prise de conscience, les paroles sont ici et là traduites en actes : systèmes de mesure de la « performance environnementale », investissements croissants dans l’économie « verte » et l’efficacité énergétique…

 

… mais le plus dur est à venir. Le grand enjeu business du 21ème siècle est de « passer d’une économie du volume, de la possession, à une économie de l’usage » (Fabrice Bonnifet, aujourd’hui Directeur DD du Groupe Bouygues). Sans rentrer dans le détail, il reste encore énormément de chemin à parcourir avant d’atteindre une véritable économie circulaire. Pour prendre l’exemple froidement ironique des quantités immenses de matières premières nécessaires à la mise en œuvre de la transition énergétique, je n’ai vu passer aucune analyse pour réaliser cette transition à partir de matières premières recyclées.

 

 

Les CSP+ donnent des leçons mais ne montrent pas l’exemple

 

« Ca ne relève pas de ma responsabilité mais de celle des entreprises et des politiques ». Au cours des années 2000, une des grandes contributions de Jean-Marc Jancovici et de ses homologues ailleurs dans le monde était de démontrer que cette idée était parfaitement fausse. Le pouvoir du consommateur est en effet considérable. Sans rentrer dans le détail des chiffres, nous voyons tous autour de nous des écarts énormes (peut-être pas le fameux facteur 4, mais pas loin), en termes d’empreinte écologique, entre ceux qui font des efforts et ceux qui agissent « normalement ».

 

Mais les premiers sont une minorité. Si l’on se focalise sur les « 20% du haut » (raccourci conventionnel pour se faire comprendre, n’y voyez aucun mépris de classe s’il vous plait), qui sont à l’origine de la majorité des dégâts écologiques (Pareto quand tu nous tiens), et que les « 80% du bas » cherchent à imiter, on constate très peu de changements dans les comportements. Prenons mon cas personnel par exemple (qui en modulant quelques paramètres par-ci par-là devient un petit peu plus représentatif) :

  • Je prends le train pendant 6 heures pour éviter 1h d’avion, et privilégie des vacances locales

  • Je n’ai pas de voiture (fastoche, j’habite à Paris intra-muros, rien d’héroïque)

  • Je fais attention au chauffage

  • Je trie mes déchets

  • Je mange quasi-100% bio et 0%-viande chez moi (reste le problème des restaurants)

  • Je garde mes objets le plus longtemps possible et lutte contre l’introduction de trucs et de machins inutiles dans mon domicile

 

Malgré ma prise de conscience au-dessus-de-la-moyenne et cette posture de donneur de leçons, tout cela est grandement insuffisant puisque mon mode de vie serait totalement irresponsable à reproduire à l’échelle de l’humanité :

  • Je fais encore des voyages longue distance en avion pour des mariages ou visites à la famille en Iran.

  • Je mange encore 60kg de viande par an (la moyenne française est à 86kg), sans parler d’espèces de poissons en voie d’extinction.

  • Je produis encore énormément de déchets… lors d’un séjour dans un éco-village monté par mon frère j’ai constaté sur une semaine que mon fils et moi produisions autant de déchets d’emballage que la totalité des 25 habitants du village ! Hormis la question de la destination du déchet, c’est toute la consommation d’énergie et de matières en amont qui est problématique.

  • Bref assez raconté ma vie, you get the point.

 

 

Les pays en voie de développement… se développent !

 

Voilà au moins une grande injustice en voie d’être réparée. Comment pouvait-on décemment imaginer vivre dans un monde où les riches laissent allumées toutes les pièces inoccupées de leurs habitations, lorsque des millions d’enfants pauvres n’ont pas de lumière le soir pour faire leurs devoirs ?

 

Un milliard de personnes ont été arrachées à la misère en 20 ans (avec certes une surreprésentation de la Chine), les Objectifs du Millénaire des Nations Unies ont été atteints en grande partie. Voilà une excellente nouvelle : l’humanité vit mieux… mais, pour le coup, nous serons collectivement responsables en cas d’effondrement écologique. En effet, à de rares exceptions (Bhoutan, Costa Rica, éventuellement quelques petits états insulaires) tous les pays du monde ont suivi le modèle occidental de développement, basé sur l’agriculture conventionnelle et la croissance infinie de matières premières.

 

 

La science a d’autres chats à fouetter

 

Impossible de trouver un chiffre fiable sur la part de l’effort scientifique dédié à la préservation de l’environnement.

 

Mais imaginez, d’une part, l’effort de recherche sur les énergies propres + l’efficacité énergétique + l’agriculture durable + le-plan-B-car-y-a-quand-même-une-petite-probabilité-qu’on-ne-s’en-sorte-pas-autrement (refroidissement artificiel de la terre, drones pollinisateurs, et autres éléments de course poursuite éternelle entre la dévastation environnementale et la solution technique).

 

Imaginez maintenant l’effort de recherche sur les énergies fossiles + l’immortalité (coup de grâce démographique ?) + la chimie + l’Intelligence Artificielle + les gadgets électroniques + les produits financiers + …

 

Imaginez enfin que ne serait-ce 10-15% des esprits brillants du second ensemble rejoignent le premier ensemble...

 

... comme souvent je n’ai pas de conclusion.

 

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