Libertés des citoyens : on se pose à peine la question et on navigue à l’aveugle

January 23, 2018

Quelle est la croissance économique de la France depuis 4-5 ans ? Quel est notre taux de chômage ? Quel est notre taux de pauvreté ? Quelle est notre balance commerciale ? Quel est le montant de notre dette publique ramenée au PIB ?

 

Si vous aimez les chiffres et nourrissez de l’intérêt pour le développement socio-économique, vous aurez surement des ordres de grandeur en tête. De même, les indicateurs de performance environnementale (imparfaits mais suffisants vu d’où l’on part) sont entrés dans le mainstream, à disposition des politiques, des entreprises et du grand public pour agir en conséquence.

Posez-vous à peu près n’importe quelle question d’ordre social, économique, et environnemental : vous trouverez en quelques clics des chiffres (éventuellement disputés, voire erronées, voire mensongers… mais vous aurez de la matière pour vous informer). Tant mieux ! What gets measure gets done.

 

Qu’en est-il de la liberté ? En principe une des grandes aspirations individuelles et collectives de l’homme, pourtant quasi-absente du débat public. Est-ce que le développement économique et le succès des luttes contre les injustices font qu’on se satisfait de la situation actuelle ? Difficile à croire au regard des nombreux signes illustrant une relation parfois inverse entre le développement économique et la liberté, discutée dans un autre article. Des personnes très aisées ont un degré de liberté proche du néant. Inversement des personnes statistiquement en-dessous des seuils de pauvreté disent être parfaitement libres (et épanouies).

 

La qualité et la fréquence de l’information circulant au sujet de la liberté est extraordinairement pauvre. Par exemple :

  • A combien d’heures par semaine s’élève en moyenne la « mobilité contrainte » d’un Français ?

  • Quel est le niveau de dépendance de la France en termes d’importation de matières premières ?

  • Quelle part des salariés se disent engagés au sein de l’entreprise, libres d’entreprendre et d’avoir une vie personnelle ?

  • Quelle part du revenu des ménages reste-t-il une fois payés les impôts, le loyer, l’alimentation, et autres dépenses contraintes ?

  • Quelle part des Français se considèrent libres (disons sur 10-12 critères qui couvrent à peu près le champ) ?

Bonne chance pour trouver des débats constructifs, des études, et des repères chiffrés. Faites par exemple une recherche sur les sondages d’opinion, et essayez de trouver autre chose que « est-ce que les Français sont prêts à sacrifier un peu de liberté pour lutter contre le terrorisme ? ».

 

La liberté est une notion complexe, multifactorielle, qui apparait insaisissable. Face à cela, regardons pour commencer une définition ma foi assez complète sur Le Larousse. Pour traduire cela en termes quantitatifs (et donc « pilotables »), la Cato Institute, un think tank libertaire basé à Washington D.C, produit chaque année un « Indice de la Liberté Humaine », composé de 79 indicateurs et calculé pour plus de 150 pays. Il s’agit de loin de l’indice le plus « visible » sur ce thème (il ressort plutôt de mes recherches qu’il s’agirait du seul) ; il est pourtant non-débattu et passe parfaitement inaperçu. Parmi tous les médias français, il semblerait que seul Contrepoints.org en parle (et encore… cliquez sur le lien pour constater le débat que ça génère.

 

J’espère avoir réussi à démontrer, par la fameuse méthode scientifique qu’est-ce-que-ça-donne-quand-tu-tapes-dans-Google, le 1er message que je voulais transmettre : nous manquons d’informations et n’accordons pas suffisamment d’attention à la liberté.

 

Pour avancer quand même, jetons un œil plus détaillé sur l’indice de la Cato Institute, puisque c’est tout ce dont on dispose. Par exemple pour la France :

 

Quand on plonge dans le rapport, certains scores pour certains pays semblent étranges ; on imagine mal en effet les auteurs mener des recherches sérieuses sur chacun des 79 critères x 150 pays. Mais surtout, il manque des données tangibles, avec des unités physiques, socio-économiques, psychologiques… et non des scores de 0 à 10 où l’on se demande ce que signifie véritablement le fait de passer de 7 à 8. Le référentiel est également incomplet : il manque des critères essentiels de liberté. Enfin, l’exercice n’est pas mené à des échelles plus locales, or c’est cela qui compte !

 

Pour construire un appareil statistique véritablement pertinent, nous aurions besoin d’indicateurs concrets (des €, des heures, des % de citoyens déclarant ceci ou cela), rigoureux, comparables d'une année sur l'autre, et permettant véritablement d’apprécier l’état de la société dans les domaines suivants :

  • La liberté au sens classique, à savoir la liberté d’action (religion, expression, relations, association… bref les critères de la Cato Institute sont les bons, il resterait à les traduire par des indicateurs plus concluants) ;

  • Le temps libre dont on peut disposer à son gré ;

  • L’autosuffisance (alimentaire, énergétique, etc…) ;

  • L’engagement professionnel et le sens que l’on trouve dans son travail ;

  • La sécurité par rapport aux besoins matériels de base ;

  • La part de revenu dont on peut disposer à son gré ;

  • Le sentiment de liberté, tout simplement.

Certains critères peuvent poser des difficultés techniques, mais dans un monde de plus en plus abondant en données, en sondages, en focus groups, et autres formes de production d’informations, je ne me fais pas trop de souci pour construire un outil pertinent et éloquent, ou du moins qui fasse avancer les choses par rapport à une situation où il n’existe... rien.

 

Le frein ne devrait pas non plus être politique. Tout le monde devrait à peu près s’accorder sur le fait que la liberté, c’est bien (oui oui je sais : « et ça s’arrête là où commence celle des autres », ça aussi je pense qu’on est tous en phase). Il existe aussi les références intellectuelles nécessaires (ex. « Nous déclinons localement et donnons corps aux travaux académiques d’Amartya Sen, Prix Nobel d’Economie. Et bim. »), donc le frein veuillez-cesser-vos-élucubrations semble également limité.

 

Bref je vais proposer cette idée ici et là, nous verrons ce que ça donne. J'espère qu'une collectivité testera bientôt une démarche autour de cette philosophie.

 

 

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