Les économistes ne seront-ils jamais sérieux sur l'écologie ?

October 30, 2019

 

J'ai honte d'exercer le métier d'analyse économique quand le Prix Nobel 2018 du Bullshit affirme "un réchauffement de +6°C ne détruirait que 10 % du PIB mondial".

 

Dans sa boule de crystal, il s'agit du PIB 2100, donc ce n'est pas grave dans la mesure où l'on parle de 10% de moins d'un PIB soi-disant 3-4 fois plus gros qu'aujourd'hui. Autre manière de voir la chose : perdre 10% de PIB à 2100 signifie perdre 3-4 années de croissance. Mon Dieu mais c'est horrible ce monde à +6 degrés, il va falloir que j'attende jusqu'en 2104 pour me pucer le cerveau avec une IA forte !


Rappelons que la différence de température entre l'âge de glace et aujourd'hui est de l'ordre de 4-5 degrés. Le type pense donc sérieusement qu'un réchauffement à +6 degrés aurait un effet minime, et qu'on parlerait même encore de "PIB" dans un tel contexte.

 

Quand les chercheurs parlent du Bengladesh passant sous la mer, de la Plaine Nord de Chine devenant inhabitable sous les vagues de chaleur, de canicules océaniques, de méga-feux de forêt, et de dérèglement des cycles de l'eau (inondations, sécheresses), entre autres réjouissances...

 

... lui parle de taux d'actualisation, de fonction de dommages, et d'équilibre optimal PIB-Température (comme si le GIEC savait à 0,1 degrés la température en 2100 selon telle ou telle concentration de CO2).

 

Pour tout de même apporter un peu de nuance (malgré mon sentiment d'indignation) lisez un passage d'un vrai grand penseur, Jean-Marc Jancovici, extrait de "Dormez Tranquilles jusqu'en 2100", chapitre 7, page 116. Ce livre est une claque, même pour ceux qui suivent déjà attentivement ce grand Monsieur qui se décarcasse pour notre pays. En quelques mots (en espérant résumer correctement), on pourrait imaginer une croissance soutenue même en temps de cataclysme climatique (ce qui, ne serait-ce pour survivre, générerait énormément d'activité, au regard de l'étendue des dégâts, pour reconstruire les infrastructures submergées, bâtir des serres pour se nourrir etc)... mais ce conte de fées n'est possible que dans un monde de ressources naturelles inépuisables.

 

Quoi qu'il en soit, un monde à +6 degrés est inhabitable pour l'essentiel de l'humanité, donc j'ai du mal à concevoir une quelconque "croissance". Il faut vraiment que certains économistes "mainstream" se reprennent en main et se reconnectent à la réalité, car là on est dans du grand n'importe quoi. J'ai choisi ce métier parce que je crois en "la capacité des chiffres et des statistiques à raconter, de manière claire, la vie des gens le plus objectivement possible" (ma définition de l'économie), pas pour cette mascarade. J'aurais trouvé encore plus de sens à mon travail si les externalités environnementales et l'épuisement des stocks de ressources naturelles étaient sérieusement intégrés dans les analyses et les modèles. Malheureusement, je ne le vois aucunement se produire.

 

Mon professeur à Cambridge, Ha-Joon Chang (très grand économiste iconoclaste, donc très grand économiste tout court) avait dit dès notre premier cours "les économistes renforcent leur pouvoir avec des modèles auxquels personne ne comprend rien, à l'image de l'Eglise Catholique au Moyen-âge qui faisait la messe en latin". C'était il y a 14 ans, ça m'a marqué.

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