Les jeunes : tout un monde d'opportunités s'offre à vous !


Illustration originale de Gautier Mac Dougall

Des étudiants et jeunes diplômés suivent le fil de discussion que j’anime collectivement (je suis aidé dans cette entreprise par un nombre d’experts de domaines divers, merci ! 😊) mais interviennent peu, par pudeur manifestement. Il n'y a pourtant aucune raison d'être timide puisque vous comprenez le monde au moins aussi bien que vos ainés ; vous êtes moins retenus par les schémas anciens et vous vous projetez davantage dans l’avenir.

Je ne parle pas ici des "jeunes" en général, mais de ceux avec qui j'échange. J'ai 37 ans et depuis l'époque où je finissais mes études et entrait (beaucoup plus naïvement que vous) sur le marché du travail, les choses ont radicalement changé. Il y a 15 ans, l'humanité était loin de ses niveaux de consommation actuels, et la climatologie était moins alarmante. Nous avions davantage espoir que la technologie nous sauve et qu’un sursaut citoyen réduise la consommation de produits nocifs pour l'environnement.

Hélas rien de cela ne s’est produit, je ne m'en réjouis évidemment pas et j'aurais aimé que l'inverse se produise. La transition énergétique se fait plus que jamais attendre, la transition agricole (au bas mot l’autre moitié du problème) n’est même pas sur l’agenda politique, et on a un problème encore plus grand à résoudre. Et les constats se multiplient sur l’inertie du système, les effets rebonds, ou encore les effets de retard (i.e. nous tardons à constater les effets de ce que nous faisons, et il sera trop tard pour réagir lorsque nous en prendrons vraiment VRAIMENT conscience).

Les jeunes, croyez-moi, en tant que père de famille, cela arrangerait franchement mes affaires que les Cornucopiens ou les climatosceptiques aient raison. Mais je ne compte personnellement pas reposer sur ces paris de Pascal inversés. Vous n’avez pas besoin de moi pour connaitre la probabilité et l’ampleur des risques à anticiper.

J'observe que vous portez un regard certes très froid, mais courageux et bienveillant sur le monde. Je constate chez vous (comme chez moi et d'autres) de la sidération, mais pas de colère ou de fatalisme. Je vous trouve même beaucoup moins attentistes et passifs que nous à l'époque. Je suis impressionné par votre niveau de maturité, d'engagement et de lucidité.

En d'autres termes, bravo les jeunes, vous avez déjà parcouru le chemin d'acceptation qui nous a pris fort longtemps. Vous ne vous bercez pas d’illusions, vous ne vous encombrez pas de trop de dissonances cognitives, vous faites plus facilement le deuil du monde ancien (cela doit être, je l’espère, soulageant bien qu’inquiétant), et vous êtes déjà à l'étape d'après : celle d'anticipation et d'adaptation à un contexte écologique, social et sécuritaire qui présente quelque chance de se tendre, mais qui peut ne pas trop mal se passer si vous vous y prenez intelligemment et dignement.

Mon recul sur 40 ans de "dialogue" politique en France est qu'il s'agit essentiellement de trouver des ennemis à diaboliser et des boucs-émissaires sur lesquels rejeter la faute. Dans les "débats" il s'agit essentiellement d'humilier l'autre et démontrer qu'il a tort sur absolument tout. Dans tout ça, aucune vision, aucun cap, aucun projet de long terme vaguement fédérateur, quel que soit le parti. Voyez-vous par exemple adressé quelque part le sujet de la dégradation de la qualité de nos sols agricoles ? Voilà qui vous donne une idée du degré de compétence de nos politiques hors-sol (c’est le cas de le dire). Cela vous donne également une idée de leur capacité à assurer votre sécurité. Mais bonne nouvelle : vous n'êtes pas forcément obligés de faire preuve du même niveau de médiocrité.

Vous suivez et likez mes posts et je me demande des fois ce que j'ai véritablement à vous transmettre. Vous savez déjà manifestement l'essentiel. Je peux éventuellement servir, avec mon modeste vécu qui me donne davantage d’aplomb que vous, à porter votre voix dans les milieux professionnels et décisionnels.

Je reçois des messages me demandant conseil, et ne sais pas quoi y répondre. Je n'aime pas dire aux gens quoi faire, et chacun est le mieux placé pour savoir, en fonction de son contexte (territorial, social, personnel), ce qui a du sens pour lui et comment faire au mieux pour construire sa résilience.

Si je puis néanmoins me permettre des pistes à explorer :

1) Ne soyez pas timides : vos aînés et les gens au pouvoir sont tout aussi déconcertés que vous par cette situation complexe et techniquement, politiquement, économiquement et socialement verrouillée où le contrôle nous échappe. Croyez-moi, j'échange avec de nombreuses personnes expérimentées de secteurs d'activité très divers (scientifiques, ingénieurs, élus, militaires, banquiers, diplomates, universitaires, agronomes, consultants...). Ils sont bienveillants, ils ont un vécu et des connaissances inestimables à vous transmettre, ils ont de bonnes idées pour pallier (ici et là) la situation... mais globalement vous n'êtes pas moins avancés qu'eux. Ils ont bien sûr des atouts que vous n'avez pas, mais le contraire est vrai. N'hésitez donc pas à vous exprimer et à nouer des complémentarités avec vos aînés, ils sont sensibles à vos craintes, motivés pour vous laisser un monde vivable, et attentifs aux idées nouvelles que vous leur proposerez.

2) Sentez-vous le loisir de composer votre existence plus librement que nous l'avons fait (cf. cet article) : vous n'êtes pas obligés de vous laisser enfoncer dans un cadre technocratique et bureaucratique hors-sol. Ce n'est pas parce que vous avez investi des efforts dans vos études que vous êtes obligés de travailler 60h par semaine à courir après l'argent comme un hamster dans sa roue. Si cette stratégie a du sens pour vous, alors allez-y. Mais mon témoignage sur base d’observation d’un bon millier de trajectoires vaut ce qu’il vaut : je ne compte plus les exemples dans mon entourage où les gens se verrouillent dans de telles situations sans qu'on le leur ait demandé… et s’en plaignent : "trop de travail", "trop de stress pour rien", "aucun sens" (camarade : franchement barre-toi y a largement de quoi faire ailleurs, même si faut assumer certains choix).

Les RH comprennent de plus en plus que les salariés veuillent travailler à temps partiel ou prendre des années sabbatiques pour se consacrer à d'autres activités. Vous avez, dans une bien plus grande mesure que ce que vous ne l’imaginez peut-être, la liberté de composer votre existence et votre équilibre entre "gagner ma vie", "profiter de la vie" et "me préparer collectivement et localement à la résilience". Soyez attentifs aux pratiques pionnières autour de vous, multipliez les expériences (wwoofing, chantiers participatifs, peu importe…), diversifiez vos compétences techniques et sociales selon ce que vous jugez utile au monde de demain.

3) Faites ce qui a du sens pour vous, indépendamment de ce que feront les autres. Peu importe ce que font (ou plutôt ne font pas) le gouvernement, "les riches", la Chine... Faites aussi ce qui a du sens indépendamment de ce que peut nous réserver un avenir grandement incertain : collapse ou pas collapse, que les scientifiques se trompent ou pas, tout ce qui contribue à un système plus sobre en ressources, plus circulaire, et moins individualiste a du sens, que ce soit pour se faire plaisir dès maintenant, pour être plus résilient demain, ou pour planter les germes d’un monde post-effondrement où l’on se tiendrait le plus éloigné possible du fascisme (on y va hélas tout droit pour le moment au regard des tendances politiques partout dans le monde… mais il n’y a pas de fatalité si nous restons extrêmement vigilants à éviter ce genre de chose en France, où le risque existe, à mon sens, quel que soit le vainqueur de la présidentielle 2022, 2027, 2032...).

La clé consiste à faire preuve de jugement pour ne pas être coincé des années dans un projet probablement voué à l'impasse, et à faible impact sur votre sécurité et votre bien-être (et celui de vos proches et des collectifs dont vous faites partie).

4) Ne tournez pas complètement le dos au "système" et à "l'Establishment" : le monde n’est pas ainsi binaire, et quand bien même il le serait, il faut être plus malin et subtil que ça, et vous l’êtes. Le système est ce qu'il est, et en attendant c'est lui nous nourrit, et que nous nourrissons. Cela ne vous empêche pas de vous créer à côté un système alternatif en collectif. Et cela ne vous empêche pas de contribuer à rendre le système existant plus durable et résilient. Par exemple, bonne nouvelle pour les ingénieurs : EDF, Engie, Suez, Veolia, Vinci, Schneider, Artelia, Setec, Egis, Espelia, le CEREMA et autres piliers de la résilience de notre Nation ont besoin de votre imagination. En outre, les entreprises intègrent de plus en plus les logiques de low-tech, pour lesquelles nous aurons également besoin de gens débrouillards et créatifs capables de penser des systèmes d'approvisionnement minimalistes en termes de consommation de ressources.

5) Ne perdez pas de temps à essayer de « convaincre » : ça ne marche pas, la démarche de chacun est personnelle, et au final on se fiche royalement de qui pense quoi. Quand bien même, ce n’est pas parce qu’on est « convaincu » qu’on FAIT quoi que ce soit. En 2020, la prise de conscience est largement suffisante pour que vous trouviez assez de gens en mouvement auxquels vous joindre. Si vous êtes confiant dans vos constats et votre démarche, il n’y a pas de raison de se sentir frustré par le fait que vous représentiez 1%, 10% ou 50% des gens : l’Histoire fera le travail de conviction à votre place en sélectionnant les systèmes les plus résilients. Avec un avenir aussi incertain, il n’y a évidemment pas de garantie que votre système en fasse partie : tâtonnez, faites au mieux, et faites-vous plaisir, c’est déjà énorme.

J’espère que vous prenez les constats de cet article pour des bonnes nouvelles, car mon discours se veut mobilisateur. Il peut certes être dur à entendre (à nouveau, croyez-moi, je préférerais nettement que tout ceci ne soit qu'une gigantesque caméra cachée où les extra-terrestres se foutent de notre gueule). Je ne peux pas vous promettre d’avoir raison, mais vous avez ma parole quant à ma sincérité. Que ce soit pour vous rassurer ou vous inquiéter, je ne vous mentirai pas : je vous rassurerai ou vous inquiéterai quand je serai moi-même rassuré ou inquiet. Je ne gagne pas d'argent à faire ceci (bien au contraire) et suis totalement indépendant.

Si vous cherchiez du sens, des responsabilités, et des opportunités pour prendre en main votre destin, ma foi en voici ?

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