« Résilience territoriale : quelle évolution des modes de gouvernance ? »

February 12, 2020

 

Bettina Laville, Présidente du Comité 21 : « On préfère employer le mot transformation plus que transition. La transition est derrière nous. Les phénomènes climatiques vont s’accélérer, on va être obligés de rentrer dans le drastique. On va devoir s’adapter à nos régimes. Il va falloir éduquer les citoyens à marche "forcée". L’éducation et la sensibilisation doivent se faire de manière plus autoritaire qu’aujourd’hui. Les gens doivent comprendre ce qui va leur arriver, c’est même une injonction démocratique que nous avons, un devoir démocratique. Le coronavirus va être intéressant pour voir comment les gens vont réagir en Chine. Tous les Chinois ne sont pas si contents que ça d’être confinés comme ça. D’habitude, en science, on a un laboratoire. Aujourd’hui, on règle la réalité au sein du laboratoire. »

 

 

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Par Sébastien Maire

Délégué Général à la Transition Ecologique et à la Résilience  au Secrétariat Général de la Ville de Paris

 

« La résilience n’est pas de la résiliation et une simple adaptation. Il s’agit de considérer dans un même paradigme non seulement une meilleure protection contre les chocs majeurs (inondations, révoltes urbaines, pandémies, canicules, attentats etc.), mais aussi, avec la même gouvernance, réduire des stress chroniques du quotidien qui atteignent tout autant les capacités de développement d’un territoire (pollution, eau, biodiversité, etc.). »

 

Pour le territoire parisien, on parle de territoire et pas seulement de la Mairie de Paris. On a considéré que face aux enjeux parisiens, les inégalités sociales, la perte de cohésion sociale, les enjeux climatiques, etc., le fleuve et les conséquences de la baisse du niveau de la Seine qui va coûter bien plus cher qu’une inondation, le contexte terroriste et sécuritaire au sens large, sont les enjeux clés. Les tendances macroéconomiques montrent que ce type d’évènement va se reproduire de plus en plus. La pollution de l’air aussi. Et la gouvernance bien sûr, qui est à la fois un enjeu et une solution.

 

3 leviers pour répondre à tout cela :

  • Les habitants : ils ont un rôle plus important à jouer ;

  • La fabrique de la ville : aménagement, urbanisme, remise en cause des logiques de smart cities, flux, fabrique « hard » de la ville sont à repenser ;

  • La gouvernance : si on ne la fait pas évoluer territorialement, rien ne fonctionnera. La Ville de Paris connaît une petite révolution en termes de gouvernance : elle est engagée sur ces sujets de transition et d’adaptation du territoire aux nouveaux enjeux.

 

Au cours des dernières années, on a essayé de passer de politiques transversales à des politiques systémiques. Le transversal, on sait déjà bien le faire : on mobilise des gens sur un projet particulier et on se fixe des objectifs sur un temps donné. Dans le systémique, on n’a pas une structure de projet ad hoc, on n’a plus besoin de PCAET (Plan Climat-Air-Energie Territorial) bien qu’il soit réglementairement obligatoire ; on passe à l’organisation mainstream de réponse à ces questions. C’est une nouvelle méthode de management public. Partout, on veut financer la transition. On doit avoir de l’argent en plus pour conduire les transitions et on met en place beaucoup d’outils pour ça (fonds vert, climate bonds, green bonds, etc.). Dans le même temps, la commande publique de la Ville de Paris, c’est 1,6 milliards par an, qui ne sont pas critérisés par rapport aux objectifs de transition. Il faut changer la façon dont on rédige nos AO en y intégrant les logiques de résilience. On pense notamment à faire une nouvelle matrice de fonctionnement de la Ville (transition écologique et sociale ensemble, c’est une grosse erreur de vouloir les séparer). On veut une logique intersectorielle de la gouvernance : habitants, etp privées, collectivités locales, etc., pour avoir une vision partagée des enjeux, ce qui manque cruellement aujourd’hui.

 

C’est aussi une question d’imaginaires du futur à repenser, à nourrir. Il s’agit de se mettre d’accord avec réalisme sur ce que l’avenir va être. Ensuite, on a des leviers pour créer des solutions. L’action publique n’a jamais eu autant besoin des ingénieurs et de la science pour avancer. Il s’agit de voir comment l’enseignement supérieur peut accompagner ces transitions.

 

Le problème se pose bien sûr à l’échelle géographique : aucun enjeu ne trouvera ses réponses par des politiques construites ex nihilo dans Paris intra-muros sans regarder ailleurs, et sans se connecter aux territoires voisins. On est forcément sur une logique géographique plus large.  Il faut retrouver de la modestie sur ces logiques territoriales. La pollution territoriale à Paris c’est un enjeu plus grand que Paris intra-muros : 35% de la pollution de Paris aux particules fines vient des territoires ruraux voisins (Beauce etc.).

 

C’est une échelle de temps également : prendre la mesure de ce qu’est le dérèglement climatique. Le grand sujet des municipales aujourd’hui, c’est de planter les arbres. Certes, c’est utile et important, mais ces arbres-là vont-ils survivre aux conditions qu’on aura dans 20 ans ? On plante les mêmes essences alors qu’on devrait planter des essences exotiques, et on ne pense quasiment jamais à cela dans nos discours aujourd’hui.

 

On n’a pas de réponse à tout cela, mais l’important ici c’est d’associer praticiens, acteurs privés, acteurs publics dans une réflexion collective qui permette de créer une chaire d’évaluation systémique. On n’a pas d’offre d’évaluation des impacts sociaux, climatiques, de gouvernance, etc. On a ici des chercheurs en management public et c’est très important. On doit être plus systémique dans nos modes de gouvernance.

 

(Association les Hyper Voisins : représentants habitants donnent des consignes aux services techniques, ce qui est un bouleversement culturel fort.)

 

Difficulté à mettre en place des indicateurs systémiques : on a des indicateurs de performance énergétique très bons pour la rénovation d’une école à Paris, mais au niveau de la qualité de l’air à l’intérieur de l’école, on est très mauvais. C’est donc une action négative pour la santé des enfants. Il n’y a pas de rapprochement, au moment du design de la politique, entre ces sujets qui sont pourtant extrêmement liés.

 

Pistes cyclables : ça coche les cases atténuation mais pas adaptation, puisqu’on a fait les pistes en asphalte noir ! Parfois on a des objectifs d’atténuation qui sont complètement contradictoires avec des objectifs d’adaptation.

 

Il y a un mélange permanent entre logique d’évaluation d’impact et évaluation des moyens. Le sujet n’est pas tant : l’action a-t-elle rempli l’objectif donné, ça va être : l’a-t-on fait dans le temps prévu, etc. On a un souci de clarification sur ces deux sujets. L’idéal, c’est élaborer de nouveaux types d’indicateurs qui permettent cette perméabilité-là. L’idée aussi, c’est d’aller vers de la simplification. Dans la réalité des praticiens, on ne peut pas remplir des tableurs Excel avec des tonnes d’indicateurs. Tout en ne perdant pas la logique systémique bien sûr.

 

Enfin, il faudrait des indicateurs un peu universels qui soient les mêmes au moment de la décision, de la mise en œuvre et de l’évaluation. Ces indicateurs devraient être suffisamment pédagogiques pour servir les logiques d’accountability plus classiques.

 

Il y a un paradoxe entre l’incantation à l’action et le fait de leur demander s’ils sont prêts à vivre « moins bien » par rapport à aujourd’hui, car notre vision du bonheur est associée à la consommation.

 

 

 

Table-ronde 1 : Les échelles de gouvernance, du local à l'international

 

Philippe Marest, Directeur Général de la Transition Écologique - Ville et Métropole de Nantes

Nantes : EPCI de 700 000 habitants.

 

Il y a un écart entre l'adhésion à la protection de l'environnement et les actes réels. Les citoyens disent : on n’a pas d’informations. Il y a aussi des perceptions individuelles qui disent que l’on ne peut se passer de sa voiture. Également, une incompréhension de certains enjeux climatiques, notamment l’importance de l’alimentation dans les émissions de GES. Aujourd’hui, on s’en rend de plus en plus compte.

 

Ce qu’il faut, c’est mieux comprendre collectivement ce à quoi nous sommes confrontés. On rêve d’avoir des gens qui fassent des ateliers d’échanges dans une logique d’enrichissement mutuel.

De fait, les citoyens sont déjà systémiques, ils posent des questions systémiques, cela force le décloisonnement. Pour équilibrer cette confrontation entre les habitants et les technocrates, il faut s’appuyer là-dessus.

 

Ce qui manque aujourd’hui, c’est que l'on ne donne pas à voir du concret aux gens . La maîtrise d’ouvrage, c’est des habitants. Ca donne à voir du concret, et c’est des habitants qui parlent aux habitants.

 

A Nantes, on a organisé les services urbains avec l’Autorité Publique, les opérateurs de réseaux et de services et les citoyens usagers. Cette Autorité a tous les leviers pour pouvoir agir avec une expertise durable. Les opérateurs sont à la fois publics et privés. Et on introduit le citoyen usager dans le système, contrairement à avant. Ce choix a été pensé en termes de complémentarité d’opérateurs plus que de résilience. Avec du recul, on voit que la multiplicité d’opérateurs accroît l’autonomie de l’Autorité Publique et donc sa capacité d’adaptation. Nantes a une forte dynamique démographique, on va prendre 200 000 habitants en 20 ans. La question posée, c’est : faut-il reconstruire des grosses unités, comme avant, ou faut-il qu’on ait plus de petites unités (eau potable, épuration, etc.) pour chaque îlot, et quelles conséquences cela aura sur les services publics ? On n’a pas encore de réponse aujourd’hui.

 

Dernier point, plus politique : Nantes a dans son ADN le dialogue citoyen. On essaye d’élargir le panel à l’ensemble du territoire (acteurs économiques, associatifs, institutionnels…). Grand débat sur la transition énergétique qui a donné 10 000 contributions plus ou moins concrètes. Ce nouveau mode d’action publique permet d’élargir le champ des acteurs. Ça permet d’enrichir les politiques publiques et de les croiser. C’est ce genre d’outils qui peut permettre d’impulser une meilleure résilience urbaine.

 

Conclusion : dans le prolongement des services urbains, quand on voit ces métropoles plus ou moins résilientes, ne devrait-on pas chercher d'autres modèles de métropole, avec des quartiers plus autonomes ? Ne devrait-on pas imaginer des échelles de territoires plus forts, avec des alliances, des systèmes de secours ?

 

Au sujet de l’évaluation et des indicateurs : on déborde d’indicateurs dans tous les sens aujourd’hui. Or L’idée, c’est de trouver des pour aider les gens qui produisent à voir ce qui a été fait. Ce n’est pas évident. Qu’est-ce qui relève de , qu’est-ce qui relève de  ? Aujourd’hui on fait des grandes places qui sont des îlots de chaleur, pour dire ensuite qu’on va faire à côté des îlots de fraîcheur.

  • L’évaluation, oui, mais il faut simplifier tous ces systèmes d’indicateurs car on n’en sort plus. On veut produire, aider, pas faire des tableaux encore et encore.

 

 

Bettina Laville, Présidente du Comité 21, Conseillère Environnement auprès de deux Premiers Ministres, impliquée dans la préparation des Conférences de Rio et de Kyoto

 

(Nous avons ouvert un collège de citoyens, de gens qui viennent travailler avec nous. Nous menons une action depuis 3 ans sur l’adaptation au changement climatique. 26 Février : colloque à l’Assemblée Nationale en coproduction avec l’ADEME.)

 

Il y a un point essentiel dont il faut parler : il y a une confusion entre la résilience, l'adaptation et la vulnérabilité. Ce n’est pas seulement une question sémantique, mais aussi une question très importante dans le champ des politiques publiques. L’adaptation est un terme qui existe déjà à Rio, qui revient avec Cancun, et qui reprend de l’importance aujourd’hui. Il y a un cheminement qui s’accélère depuis la conférence de Marrakech au moment de la COP22.

 

Après, il y a toutes les politiques qui visent les Etats vulnérables, i.e. soit ceux qui sont déjà touchés, soit ceux qui vont l’être de manière imminente par les effets du réchauffement climatique. Le fait qu’une île disparaisse, c’est un mythe, de 30 siècles, l’Atlantide. Ca n’a fait qu’un minuscule article, même pas dans Le Monde.

 

« Qu’est-ce que la résilience, entre adaptation et vulnérabilité ? La résilience, c’est l'état psychique qui suit le deuil, or nous n'avons pas fait le deuil du changement climatique. Donc le mot est ambigu. Est-ce que ce concept de résilience est un concept de réparation avant que le deuil soit fait, c’est-à-dire avant que les gens aient compris que nos modes de vie, nos comportements, notre avenir vont être transformés au point que nous allons devoir vivre autrement, voir la Terre autrement. Ce deuil est-il bien fait pour que nous soyons résilients ? On emploie ce mot sans qu’on l’ait défini par rapport au processus de temporalité du changement climatique. C’est un vrai problème. L’Accord de Paris n’est absolument pas contraignant : le chapitre adaptation est rédigé uniquement au conditionnel, alors que c’est notre urgence. Ça ne veut pas du tout dire qu’on doive renoncer à l’atténuation. Tout ce que l’on fait aujourd’hui, c’est véritablement pour que l’atténuation commence dans une trentaine d’années. Rien que cela, c’est de la résilience. Accepter ce deuil de l’efficacité des mesures climatiques à l’intérieur de cette résilience, ça, c’est quelque chose qui nous interroge fortement. Le changement climatique est une affaire philosophique. »

 

Aujourd’hui, l’adaptation au changement climatique, c’est dire à l’ONU : « Regardez, il y a 17 plans climatiques nationaux qui marchent ! » Super… En revanche, les échelons plus territoriaux, effectivement impactés par le changement climatique, c’est là que cela avance. Le Plan de Paris, il est très en avance, il est presque aussi bien que celui de New York, qui est le meilleur.

 

« Au-delà des échelons nationaux et territoriaux, il y a l'échelon du citoyen. Il faut aider à forger la catégorie du citoyen adapté, plus que le citoyen résilient. Il y a un grand débat universitaire autour de l’adaptation. On s’insurge contre l’adaptation en disant : les excès du système capitaliste nous ont poussés à cela, et donc c’est une ruse du système capitaliste de nous demander de nous adapter. Je trouve cela absolument stupide. Je partage l’analyse : c’est effectivement les excès du capitalisme qui nous ont menés là, mais que préférons-nous ? Garder la capacité de rester dans une vie différente, mais tout de même dans une vie ? Ou préférons-nous mourir en criant stop au capitalisme ? Nous avons une grande capacité de réveil. »

 

L’État hésite entre diverses politiques en ce moment. La région Nouvelle-Aquitaine fait actuellement un programme de transformation d’un territoire vers l’adaptation, Néo Terra. Ils ne se sont pourtant pas posé le problème de l'utilisation de l'ensemble des données au service de cet outil Néo Terra, qui massifie et qui permet d’accélérer son application. La gouvernance des données est quelque chose qui n’est pas faite aujourd’hui car on a l'impression que le fait d'être dans l'open data a donné de facto une gouvernance. Or c’est parce que c’est complètement ouvert que personne ne se l’approprie. Il faut un degré de technicité important pour se l’approprier.

 

Sur l’évaluation et les indicateurs : aujourd’hui, Il n’y a pas d’évaluation des politiques d’adaptation. Pour la 1ère fois, il y a une norme ISO mise au point sur l’adaptation au changement climatique en juin dernier au niveau international. Il y a toutes sortes d’indicateurs, mais on en est à leur construction, bien que dans l’ODD climat la 1ère cible soit l’adaptation. Mais il n’y a aucun recul. C’est beaucoup trop récent.

 

Patrick Le Galès, CNRS et Ecole urbaine de Sciences Po, Politique sociologue comparatiste. Thèmes : gouvernance, métropoles mondiales. Gouverner la ville numérique, PUF.

 

On en est tous à bricoler. On tient quelques bouts mais on est tous bousculés par ce qu'il se passe. On voit arriver les questions de développement durable, résilience.

 

Sur les transformations des villes, qu’est-ce qui n’est pas gouverné ? Il y a un vrai risque de localisme. Interdépendance, interdépendance, interdépendance. Il faut penser en permanence ces interdépendances. Les gens sont plus mobiles, il y a beaucoup plus de flux. La gouvernance, c'est rendre visible ce qui ne l'est pas. L’essentiel, c’est ce qui est invisible pour les yeux, comme dirait Le Petit Prince.

 

Quels modèles sont les plus efficaces pour rendre compte de cette transition ? Capacité de la Chine à faire des transformations radicales : ils ont planté 8 millions d’arbres à Beijing. Ils préparent la capitale du monde. Ils se disent actuellement : pour le futur, il y aura deux enjeux, écologie et sécurité. Peut-être que le modèle démocratique ne sera pas le plus efficace. Il y a une vraie concurrence des modèles pour avancer. Dans ces modèles d’échelle, le modèle de la Cité-Etat revient comme un modèle possible. Il y a de vraies concurrences dans ce qui peut être fait. De quoi a-t-on besoin ?

 

Quand j’entends coproduction équilibrée, ça me fait rire. En économie déjà, l’équilibre c’est un problème. Ce sont des rapports de pouvoir qui évoluent, pas un équilibrage . Il y a souvent des perdants et des gagnants. On dit qu'on aura des visions et des diagnostics, qu'on va réfléchir ensemble etc. Parfois, ça marche un peu, mais parfois, il faut afficher le conflit. Il faut avoir des conflits bien structurés et les afficher. L’idée n’est pas d’arriver à des solutions où tout le monde est d’accord. Il faut penser les conflits et leurs modes de résolution.

 

Dans gouvernance, il y a : qui est gouverné, et comment on gouverne ? Sur ces questions de participation, il faut penser à qui n’en font pas partie. Il faut prendre au sérieux la capacité des gens qui ont les moyens de ne pas être gouvernés : les gens les plus favorisés, et les plus pauvres. Les questions de participation sont parmi les plus inégales du monde.

 

Sur les instruments : « On essaye de penser des , des nouvelles façons de mettre de la coercition. Qu’autorise-t-on ou pas ? Sébastien Maire a parlé tout à l’heure de rendre la résilience "mainstream". Mais c’est encore un instrument de politiques publiques : le mainstreaming, c'est le meilleur moyen de marginaliser les vraies actions. On fait énormément de rapports mais ça marginalise la question et ça ne fait pas lumière sur ce qui se fait pour de vrai. Il faut faire attention à cela. On affiche plus qu’on ne fait vraiment. Les conditions de mise en œuvre sont centrales. »

 

Aujourd’hui, ce qui est inquiétant à Paris, c’est qu’on est en train de rater la gouvernance parisienne dans le cadre du Grand Paris. On ne coordonne pas bien les initiatives en cours. Un des éléments importants, c’est de se dire : qui paye des impôts, comment les organisations vont s’organiser par rapport à ça ?

 

On n’est pas bon en France sur l’évaluation. C’est un énorme chantier.On a besoin d'indicateurs mais les bons indicateurs, ça n'existe pas. Ca ne sert à rien de chercher l’indicateur parfait. 2ème chose : on rate en complexifiant. 3ème chose : agréger, c'est toujours une catastrophe. Il faut penser l'évaluation au-delà des indicateurs, à court, moyen, et long terme. Autre chose : les métadonnées, on ne sait pas quoi en faire, alors que ça change les règles du jeu. On met le réverbère quelque part mais on cache autre chose. Beaucoup de stratégies sont faites pour éviter de mettre la responsabilité sur quelqu’un.

 

 

Table ronde 2 : Les défis de l'intersectorialité : la gouvernance des projets multi-acteurs 

 

Directeur scientifique de l’IEA : on veut parler des questions d’évaluation : comment déterminer des indicateurs, comment évaluer les actions menées. La perspective sera autant bottom up que top down : pas seulement les actions de la collectivité mais aussi les initiatives citoyennes, le rôle des entreprises privées, etc.

 

Sylvain Chapon, Délégué Global Industrial Hub d’ENGIE

 

D’où ENGIE peut-elle parler de résilience ? On s’est vite rendu compte que la résilience s’imposait progressivement pour des opérateurs comme ENGIE. Quand on gère des installations de production d’énergie, si on veut arriver à limiter les GES, on préfère parler de et pas de  : ce n’est pas que du marketing, c’est plus de bien-être dans la ville, avec une vraie dimension d’inclusivité sociale. On doit à chaque fois apporter un soutien à la décision, un panel de solutions qui doit permettre de répondre aux besoins. Il y a donc un vrai travail d’identification. On fait beaucoup appel aux chercheurs, sociologues, hydrologues, etc.

 

Il y a une forme de concurrence entre grandes villes, entre villes moyennes, il y a une vraie notion d’attractivité territoriale en jeu. Wifi, data centers…on essaye de voir tout cela avec cette grille.

Trouver des solutions digitales pour les infrastructures et les services : connectivité des transports, éclairage public, équipements urbains les plus simples doivent être intégrés d’une manière résiliente aussi. On est dans une logique d’évaluation des impacts, évaluation des risques et des chocs. L’alimentation, c’est aussi des déchets à récupérer pour le biogaz, etc. On a également des procédés d’économie circulaire pour trouver des solutions en circuit court.

 

Exemples de projets en lien avec la résilience ? Les feux tricolores mis en place au Brésil : on limite la pollution, on évite les accidents, qui sont souvent source d’insécurité, on limite les pollutions attenantes aux tunnels. On essaye d’intégrer cela dans une dimension globale d’écosystème. On propose une circulation spécifique pour les piétons. Uberlandia : à partir d’un AO sur l’éclairage public, c’est toute la ville qui est repensée. Be Cycle : logiciel d’intégration des logiques circulaires. C’est aussi mettre des équipes dédiées à des volets résilience sur des AO où ce n’est pas précisé.

 

 

François Jégou, Strategic Design Scenarios SDS, Agence de recherche sur les modes de vie durables basée à Bruxelles.

SDS : travail de terrain, de co-design et d’expérimentation avec les usagers. Il y a des choses intéressantes à faire avec le design, car on a une capacité de simulation, de prototypage, qui permet d’imaginer ces mondes du futur et d’en parler avec tout un chacun.

 

FP6 : on engage des écoles de design à chercher des cas d’innovations sociales prometteuses.

Creative Community for Sustainable Lifestyle : continuer cette logique d’exploration et de l’innovation sociale au Brésil, en Inde, et maintenant on a 40 écoles dans le monde, Design for Social ***

Ces initiatives bottom-up de city-making sont à la marge, ou mêmes cachées au-delà du radar de l’action publique. Secrétariat URBAC pour aller voir chez le voisin comment les choses se font. 10 villes qui échangent pendant 3 ans sur différentes problématiques (alimentation, etc.). Qu’est-ce que les villes ont appris ?

 

Comment interroger la gouvernance ? Comment se fait l’innovation dans le secteur public ? Travailler sur le design des politiques publiques. L’acteur public qui fait de l’innovation peut se doter d’une systématisation de cette innovation.

 

Lille est cette année capitale mondiale du design. Lille a dit : on n’est nulle part, mais si on gagne ce prix, on va faire levier, pour mettre le design au service du territoire. Ils ont levé 500 projets de collectivités, entreprises, société civile en un an. Dans ces signaux, il y a une généralisation du collectif : co-investigation, co-amélioration, co-investissement, etc.

 

 

 

Je vois de mon côté 4 enjeux clés au sujet de cette collaboration :

  • Réduire le coût de cette collaboration : Simulact, implication des citoyens dans les recherches de la Commission. Comment développer une méthode pour rendre opérationnel cela ?

  • Garantir la qualité de la collaboration : Social Innovation Exchange (Unusual Suspect Festival). On cherche tous les projets et méthodes qui permettent de toucher les invisibles. Il y a un vrai appétit de transformation chez les citoyens. C’est plus dur de faire collaborer les décideurs. La participation citoyenne, c’est la ville qui s’intéresse à ce que font les gens.

  • Designer l’équité de la collaboration : trouver une coproduction équilibrée avec un service public collaboratif, un welfare actif.

  • Garantir la qualité de la démocratie : créer des lieux de vivre ensemble, qui augmentent la socio-diversité.

 

Frédéric Delhommeau, Directeur Habitat et Rénovation à l’Agence Parisienne du Climat

 

L’Agence Parisienne du Climat a un rôle fort dans l’exécution du Plan Climat. Très en prise avec le quotidien des parisiens et avec la copropriété. On a 30 ans pour éco-rénover tout : les immeubles, les rues, etc., pour diviser par deux les consommations énergétiques du parc.

 

Quand on parle de copropriété, on se dit souvent que c’est compliqué. A Paris : 43 500 copropriétés, 140 000 en IDF. Vivre en ville, c’est vivre en copropriété, et pour autant on a beaucoup de mal à définir cet objet dans nos politiques publiques. D’abord, c’est un objet de bâtiment, un objet patrimonial, inscrit sur son territoire. Végétalisation et perméabilisation des toits et des cours. La copropriété, c’est aussi un objet financier, avec un turnover de l’ordre de 8 ans dans les appartements. C’est aussi un objet politique, c’est le plus petit niveau de démocratie qui existe. Souvent, on associe copropriété à syndic, or il y a 3 entités différentes : (1) Le syndicat des copropriétaires élit un (2) conseil syndical des copropriétaires qui désignent le mandataire, (3) le syndic de copropriété. Ceux qui décident in fine c’est bien le syndicat des copropriétaires.

 

C’est important de prendre cette échelle en compte, car il faut mettre en mouvement ces petits collectifs. La copropriété, c’est le plus petit de nos territoires, et on voit déjà le nombre de problèmes qui s’y posent. Il ne s’agit pas de mettre juste des objectifs de rénovation de logement…la passoire énergétique se trouve au RDC, et au dernier étage, souvent non isolés. Il faut embarquer le collectif de l’immeuble pour traiter de ces sujets-là.

Malgré des difficultés, il y a pleins d’initiatives qui fonctionnent déjà (Copropriété Super Montparnasse, etc.)

 

Il y a 2 acquis aujourd’hui : on a tous des politiques « climat » qui se fixent des objectifs à la hauteur de l’enjeu. Deuxième acquis : cela fonctionne déjà, l’enjeu est de s’en inspirer pour faire vivre l’échange d’expérience. Mettre en mouvement des petits collectifs locaux. Et il y a 3 défis : consolider le financement (public de l’accompagnement), mobiliser les financements, faire le saut d’échelle.

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