Qualité des sols : des professionnels du secteur agricole s'expriment (et redonnent globalement espoir)

 

Grâce à Matthieu Perraudin, ingénieur agronome chargé de mission R&D au Centre de Développement de l'Agroécologie, qui avait déjà écrit un article équilibré et apprécié par notre communauté, le débat suivant vous a été soumis. Nous vous restituons ici l'assemblage des réponses des professionnels du secteur.

 

Les avis divergent mais les échanges furent constructifs et donnent espoir quant à la possibilité d'une transition agricole. Prenez tranquillement le temps de lire.

 

 

Voici la question soumise par Matthieu et moi à la communauté.

 

"Les sols : voici une crise écologique mondiale invraisemblablement silencieuse (et motif majeur d'effondrement de civilisations passées, moins intensives et à la durée de vie bien plus longue que notre civilisation thermo-industrielle mondialisée âgée d'une trentaine d'années).

 

Quel état des lieux peut-on faire sur les sols français ? Premiers retours de Matthieu Perraudin.

 

1) C'est un sujet complexe où toutes les données nécessaires à l'analyse ne sont pas encore forcément disponibles. Voici néanmoins un lien pédagogique, récent et assez complet.

 

2) Attention au discours exagéré d'un Claude Bourguignon sur les "sols morts". C'est plus complexe que cela, nos sols se "fatiguent" certes (les problèmes d'érosion et de perte de matière organique sont loin d'être anodins) mais ils ne seraient pas au bord de l'effondrement ou infertiles en cas d'arrêt des pratiques trop intensives. Ils pourraient encore être régénérés avec les bonnes pratiques.

 

3) Ce ne sont pas les traitements phytos qui sont le plus problématique mais le travail du sol et l'absence de nourriture apportée au sol (couverts, carbone...). Les traitements phytos ont néanmoins aussi une influence.

 

4) En agriculture bio, les systèmes sont souvent très travaillés donc dégradent le sol. Et dans certaines cultures, on a tendance à apporter du cuivre qui a un effet délétère notamment sur les populations microbiennes.

 

5) Le sol en tant que support est long à mettre en oeuvre. Il est issu de la roche mère et formé par des processus longs. Il faut de l'ordre de 100 ans pour former un cm de sol (à vérifier). Par contre on peut très vite le perdre notamment par l'érosion éolienne ou hydrique.

 

6) Ensuite on a la vie du sol liée à la matière organique et tous les organismes autour... cette "vie" sert entre autres de "colle" pour éviter que le sol (structuré) ne s'écroule... et c'est cette matière organique qu'on peut réactiver plus ou moins vite...

 

7) Régénérer 1cm de sol nécessite 2 générations avec pratiques exemplaires... Il y a donc urgence à limiter la perte de sol. Et cela peut être fait assez rapidement en mettant en oeuvre les bonnes pratiques (5 à 10 ans selon l'état des sols). Voilà qui est plutôt rassurant.

 

 

Réaction de Thibaut Déplanche (ingénieur agronome conseil et développement en biologie des sols), restitué d'un entretien téléphonique

 

"Je ne suis pas alarmiste car je constate une réelle prise de conscience dans le secteur agricole. Certes, il peut y avoir un biais du fait que les professionnels avec qui je vais être amené à échanger seront particulièrement sensibles à la question des sols, mais j'observe généralement des tendances lourdes et favorables dans la nature ambiante des propos tenus par un nombre croissant d'agriculteurs. Cela est plutôt rassurant. Je note également que le Ministère est de plus en plus informé et soucieux de la problématique des sols. Selon moi, le fait qu'il fasse machine arrière sur l'interdiction du glyphosate permettra d'éviter le travail excessif du sol qui conduit à sa dégradation. Le glyphosate peut être mal utilisé en coupant totalement le sol de la photosynthèse et ainsi de sa nourriture essentielle (le carbone), tout comme il peut être utilisé à faible dose de manière raisonnée, en permettant de limiter l’émergence d’adventices après les restitutions massives de matières organiques d’un couvert végétal.

 

Un point majeur dont le grand public doit prendre conscience est que les agriculteurs veulent bien faire les choses, mais que la complexité du métier est immense !! Un agriculteur est un chef d'entreprise qui, souvent seul, doit gérer un travail administratif, financier, technique, écologique et physique énorme, au sein duquel la question des sols est certes importante, mais peut se retrouver à n'être traité qu'au moment où l'agriculteur est suffisamment dégagé de ses contraintes pour se permettre de commencer à prendre des risques.

 

Le problème le plus grave car irréversible à notre échelle de temps est l'érosion (éolienne, hydrique) des sols. 1cm de perdu le sera pour des dizaines de générations. A ce titre, le travail du sol excessif est problématique car il affine la terre et la rend plus susceptible à l’érosion. Un sol couvert, en revanche, permet dans de nombreux cas de limiter totalement ce phénomène.

 

Il y a ensuite, bien moins irréversiblement, la dégradation de la matière organique et de la structure des sols, tassés et sur-travaillés, sur lesquels on serait trop passés avec le tracteur. Des solutions techniques existent et produisent des résultats en général en 3-4 ans. L’amélioration de la structure du sol est l'une des premières observations lorsqu'on fait des couverts végétaux. Concernant la dégradation de la vie du sol, il faut distinguer plusieurs choses :

  • Les vers de terre : ceux en surface se reproduisent plus vite que ceux en profondeur. Mais ce ne sont pas les plus intéressants du point de vue des sols. Les vers les plus grands peuvent mesurer et parcourir plusieurs dizaines de cm, ils sont très sensibles au travail du sol, et mettent environ 5 ans à revenir.

  • Une autre dégradation possible concerne les micro-organismes. Il y a d'une part les bacteries, qui ne sont pas sensibles au travail excessif du sol du moment que ce dernier est bien nourri (fumier, végétaux...). En revanche les mycéliums y sont sensibles. Il reste donc aujourd'hui dans les sols agricoles beaucoup de bacteries mais peu de champignons. On attend des bactéries le même rôle que les champignons sur le recyclage des éléments (surtout azote) et la stabilité du sol. On n'attend pas de fonction exclusive et irremplaçable des champignons, hormis peut-être la mycorisation pour la nutrition en phosphore.

  • La biomasse microbienne du sol a un taux de renouvellement d’un an. Un seul couvert végétal permettrait de doubler la biomasse microbienne sur une courte période.

 

En conclusion, la fertilité du sol est liée à la capacité de l'agriculteur à piloter les matières organiques de son sol, en le nourrissant avec des matières organiques fraîches et facile à digérer, et en agradant doucement tout en permettant une minéralisation (= dégradation) équilibrée des matières organiques lorsque les cultures ont des besoins nutritifs minéraux importants.

 

 

Réaction de Geoffroy Raduriau, Producteur bio, agro-écologie en conditions difficiles

 

Le sol peut se ré-générer assez rapidement si on fait de gros apports extérieurs, ce qui pris à un niveau plus global va forcément créer des déséquilibres ailleurs. C’est ce que j’ai fait pour “lancer” mon jardin en 2 ans avec des apports en matières organiques à la limite du métabolisme du sol, mais c’est pas durable donc a réserver sur de courtes durées et de petites surfaces (depuis 5 ans je ne fais aucun apport extérieur). Après tout va dépendre des pratiques, du types de sol, climat... etc. On peut travailler très régulièrement le sol mais en se limitant à quelques cm en surface, et en visant les bonnes périodes quand il y a moins d’activité en surface. Mais très clairement les sols en bio, surtout en grandes cultures, ne sont pas en bien meilleur état qu’en conventionnel, ils sont justes moins pollués.

 

 

Réaction d'Aurélien Beaucamp, chargé de mission en agroéquipement

 

Les sols dégradés en bio sont en effet un réel problème, d'ailleurs beaucoup d'agriculteurs en bio commencent sérieusement à se poser des questions. En effet, le recours au désherbage mécanique sur culture et ce plusieurs fois par an tend à avoir 2 effets : compaction du sol même si le désherbage est réalisé en bonne condition et le second, d'augmenter l'érosion des sols.

 

L'Agriculure de Conservation des Sols (ACS) est une des réponses possibles à cette baisse de fertilité des sols et de lutte contre l'érosion et la compaction des sols :

  • minimisation du travail du sol voire élimination totale

  • apport d'engrais organique (fumier)

  • implantation d'inter-cultures ou couverts végétaux

  • rotation des cultures

 

De plus, la couverture du sol sur l'ensemble de l'année entre culture et couverts végétaux sont également des bons puits à carbone et peuvent ainsi jouer un rôle dans le dérèglement climatique. Pour terminer, je dirai que le meilleur mix reste la polyculture-élevage car permet l'apport d'azote et de matière organique. Il n'y a pas une solution mais des solutions, relativement "simples" à mettre en œuvre mais encore faut-il une réelle incitation à la pérennisation de l'élevage voire à son développement dans certaines zones où l'on n'en trouve plus.

 

Quant à l'urgence, il est très clair que dans certaines régions, typiquement en Hauts-de-France, dans des secteurs où les rendements sont habituellement très bon en céréales, là où l'on retrouve des cultures de pommes de terre, d'endives, de betteraves et de légumes industriels (haricots verts, petits pois, carottes, etc), on constate des premières limites voire des situations de blocage. Exemple simple, en culture de pommes de terre, l'utilisation d'ensemble fraise rotative + planteuse et ce à des fins de réduire les passages et interventions à la plantation tend à créer une semelle quasi-imperméable et en surface à "poussièriser" les limons, qui avec le vent vont engendrer voire renforcer l'érosion.

 

Je précise également que dans ces zones, l'élevage a quasiment disparu ou est anecdotique. Il faut donc revoir en profondeur certaines pratiques et tendre vers une certaine sobriété qu'elle soit énergétique mais aussi humaine, laisser la terre, sa faune, sa biologie bref sa vie faire le travail. Les pratiques ACS sont un bon moyen d'y arriver et combiner à l'élevage je pense que nous pourrions atteindre de très bon résultats très rapidement, il faut promouvoir et communiquer à ce sujet.

 

 

Réaction d'Antonin Djilali-Saiah, ancien développeur chez Microsoft reconverti dans la permaculture

 

Sur les intrants je suis plutôt dubitatif. Comment croire à l'innocuité du glyphosate par exemple quand on sait par ailleurs que cette formule était au départ utilisée pour déboucher les canalisations ? Autre exemple l'effet morbide des néocotinoïdes sur les populations d'abeilles est je crois avéré depuis un moment... ne pas oublier non plus les effets cumulatifs:

  1. dans les nappes phréatiques et les cours d'eau

  2. dans les organismes tout du long de la chaine alimentaire

  3. et au bout du bout avec le lessivage des sols, l'érosion... une partie non négligeable finit par se déverser dans les mers et les océans avec quelque fois des effets trophiques désastreux et avérés même si pour des raisons peu avouables certains continuent à le nier, voir les algues vertes en Bretagne...

 

Sur les Bourguignons, je crois que là où ils sont le plus controversés c'est sur leur activité conseil/formation mais ce qu'ils diffusent en libre accès sur le net me parait valable j'ai entendu parler d'eux pour la première fois il y a plus de dix ans à propos du BRF (bois raméal fragmenté) et c'est une méthode que j'ai expérimentée et validée et que je pratique régulièrement au potager. C'est en effet une des meilleures façons de régénérer les sols, il s'agit en fait de reproduire en accéléré ce que fait normalement la nature toute seule outre l'apport en matière.

 

Une surface paillée avec du BRF est une véritable pouponnière à lombrics et à mycorhizes en ce qui me concerne, sur mes petites surfaces, au doigt mouillé. J'ai l'impression que les 1cm de substrat je les fait en à peine une saison avec cette méthode et quand je vois toutes ces haies à tailler dans les villages, je me dis qu'il y a un gisement énorme à exploiter. D'ailleurs à chaque fois que je vois les gens se galérer à emmener leur tontes de pelouse ou leurs chutes de haies à la déchèterie ça me désole. Ils ne se rendent pas compte que c'est véritablement de l'or et je récupère tout ce que je peux récupérer dans mon quartier 

 

 

Réaction de Philippe Colin, Agriculteur bio, gérant de l'Earl de Grivée

 

J'ai lu tous les commentaires, qui m'intéressent autant les uns que les autres puisqu'agriculteur concerné (en effet on parle de notre métier, et ca devient intéressant....). Pour ma part merci de ces partages que nous, agriculteurs convaincus d'un système fini (nous sommes en pleine transition à la base, et celle-ci pour la première fois se déconnecte de certains de nos "accompagnants") devons relayer et surtout abonder avec ce que nous observons sur nos fermes.

 

Concernant le clan Bourguignon (et je précise bien clan pas au hasard) qui pour moi ont de très grandes qualités de communication,  qui ont vu beaucoup de choses autour de la planète, dans autant de sols que possible, permettez-moi de tempérez leurs propos actuels qui ne sont plus de l'agronomie mais de la démagogie ... Ils sont une référence complémentaire en tant qu'agronomes (normal , il n'y a plus d'agronomes - de vrais passionnés - qui sortent des écoles ....) et les instituts de recherches étaient occupés pour travailler à faire encore plus (en pensant faire mieux au passage...).

 

Néanmoins, le clan fait surtout le buzz sous les projecteurs avec différents activistes en ce moment où ils y trouvent un aura reconnaissant. Il suffit d'écouter leur dernière trouvaille sur le digestat et la methanisation... C'est normal que je prenne part (vous allez penser que je ne suis pas neutre car je suis concerné) car j'en utilise depuis 10 ans, et en AB depuis 6 ans. C'est grâce à ces leviers que nous observons des choses qui n'étaient pas imaginables dans les sols avant cette utilisation  Pour ma part la Matière Organique (digestat ou fumier, lisier) est un moyen de redonner à nos habitants de la maison sol une vraie dynamique pour moins le travailler, moins le sur-fertiliser, et moins le polluer par des produits qui ne seront plus nécessaires. Toutes ces constations sont pour moi réelles mais doivent être mesurées par de vrais agronomes. Au lieu de cela, nos compères Bourguignon s'improvisent donneurs de leçons alors qu'ils n'ont jamais travaillé le sujet du digestat ! Avec un certain respect , je ne peux pas accepter qu'on dise que les agriculteurs sont dans cette situation alors que des agronomes référents pour le coup ne sont plus à leur place pour donner des conseils . Pour terminer , je suis toujours émerveillé de voir comment la nature reprend sa place. Si nous y donnons juste un peu de temps avec des transitions douces . A 180 km/h on ne tourne pas le volant comme sur un parking sinon !!!!

 

Réaction de Jean-Jacques Heller, consultant en développement de techniques de protection des plantes.

 

Y a t'il des agronomes au sein du GIEC? Si oui ils pourraient se documenter sur l'Agriculture de Conservation des Sols développée depuis 10 ans en France. Couplée avec des ouverts végétaux en hiver en inter culture, la biodiversité du sol est rétablie après quelques années. Quel est l'intérêt de lancer en permanence des messages anxiogènes sans présenter les solutions existantes? Sans doute parce que cela atténuerait le caractère catastrophiste des messages et réduirait la manne financière reçue par ces "chercheurs" pour continuer leur action improductive ? Prêcher la catastrophe en permanence n'est-ce pas le meilleur moyen que beaucoup se disent "c'est foutu" et n'apportent aucune contribution active ?

 

Réaction de Julien Mélou, responsable formation à la Fédération des Association pour le Développement de l'Emploi Agricole et Rural
 

Merci d aborder le sujet. Le retour à la polyculture-élevage comme base pour développer des bonnes pratiques est essentiel pour nos sols et leur fertilité avec des assolements et des rotations longues....mais avant tout il faut arrêter d'artificialiser nos terres.

 

 

Réaction de Benoit Chorro, en charge de l'innovation et de la veille technologique- Service Agronomique OCEALIA

 

L'agriculture de conservation des sols serait également un levier complémentaire à mettre en œuvre pour accroître le stockage du carbone.

 

 

Réaction d'Yves A., ingénieur en matériaux composites biomimétiques

 

J'ai fait une école d'agronomie et la prise de recul est indispensable. Explication. Vous avez constaté que l'INRA a enfin changé de politique vis-à-vis de l'agro écologie. Certains hommes ont retrouvé entre leurs jambes ce que les autres avaient perdu... Avant nos cours, nos livres étaient sous le CONTRÔLE de bayer monsanto et cie, ie, nos cours étaient revus et corrigés par les industriels via les lobbyistes.

 

Je l'ai constaté avec les cours de physique au lycée grâce à une amie référente nationale de cette thématique. Exit les énergies alternatives comme l'hydrogène, le thorium et autres énergies issues de la mer (marées, vagues,...). Ex le plus flagrant avec la MICROBIOLOGIE des SOLS qui avaient disparu des livres...vu qu'elle était INCOMPATIBLE avec ces ordures de phytosanitaires. Bref. Nos enfants nous accuseront d'avoir fait trop peu... L'urgence est absolue.

 

Réponse de Matthieu Perraudin à Yves : personnellement j'ai eu des modules sur le sol à Toulouse. Peut être pas assez approfondi mais c'était une introduction et c'est pour ça que je ne comprenais pas que certains disent que ça avait totalement disparu de l'enseignement des agronomes.. Le programme avait peut être évolué. On était au démarrage d'ecophyto donc c'était assez accès dessus... les sols ont peut être encore pris de l'importance depuis.

 

Réponse d'Yves à Matthieu : vous avez raison Mathieu, à mon époque la microbiologie des sols était à zéro. Vous avez eu la chance d'avoir des cours nouvelle génération.

 

Dernière réponse de Matthieu sur ce fil à une question de Cyrus sur les marges de manoeuvre des municipalités : je pense qu'elles en ont

  • Programme d'alimentation locaux pour les cantines

  • Développement de filières locales de production de légumineuses par exemple

  • Réfléchir à l'utilisation des terres : limiter l'industrialisation et la réserver aux terres les moins productives, interdire le passage de terre de bonnes qualités en zone constructibles

  • On pourrait aussi penser à favoriser les marchés de producteurs en limitant le nombre de revendeur (je pense que c'est dans les compétences des mairies)

  • On pourrait même envisager une partie de prospection des sols pour installer des maraîchers sur quelques hectares autour des municipalités (même si je suis conscient que les finances des petites municipalités sont dans le rouge).

 

Réaction de Lucas Moser, ingénieur en énergie de fusion chez ITER mais qui semble connaitre 2-3 trucs sur le sujet

 

De manière plus générale j'ai l'impression que "l'agriculture et les sols" est le nouveau "transition énergétique". Bien sûr on peut changer beaucoup de choses à l'échelle très locale, mais quid de l'échelle mondiale? Combien de temps cela va-t-il prendre? On peut rendre une maison 100% ENR et Eco-friendly etc.. mais pour un pays entier c'est bien compliqué !

 

Je pense qu'il en va de même pour l'agriculture et les sols. On peut faire du très bon travail sur une petite parcelle ou son potager, mais pour un pays entier, les temps peuvent être très long. C'est bien beau de vouloir faire du BRF (Bois Raméal Fragmenté), et oui pour le moment il y a assez de "déchêts" pour faire du compost pour quelques paysans et particuliers. Mais quand il faudra réparer des décennies de culture intensive sur tout le pays, je doute qu'on aura assez de BRF, de paille, de compost. C'est un problème tout aussi brûlant que le changement climatique et une fuite en avant (toujours plus d'intrants, de machines, de semences modifiées...) n'arrangera pas la chose, bien au contraire. Oui les Bourguignon sont alarmistes, mais comme déjà dit par d'autres, si eux ne le sont pas, peut on faire avancer les choses?

 

Après, il faut bien commencer quelque part, je suis moi-même entrain de tester les méthodes de l'agroécologie dans mon potager et il y a une myriade de pas à faire... Acheter ses fruits et légumes, chez le petit paysan bio du coin est probablement un des leviers les plus puissants.

 

Réponse d'Yves Emo, Directeur technique EMO Concept SAS : Lucas, un proverbe chinois dit : "un chemin de mille lieues commence par le premier pas" autrement dit, il faut un début à tout. Concernant votre remarque, si l'on considère le nombre de jardins privés en France pour ne parler que de la France, et bien ça représente un gros paquet d'hectares. Si ces hectares sont gérés différemment, on obtient tout de suite de meilleurs résultats. Il en va de même pour l'agriculture. Quant au BRF, ce n'est pas en épandant des m3 de déchets verts que tout se réglera, oui, il faudra du temps pour revitaliser nos sols, mais si cette filière était sérieusement organisée, elle pourrait être beaucoup plus efficace sur le traitement des déchets verts. Je comprends votre argumentation, mais il existe des solutions de bon sens qu'il faut mettre en oeuvre, sinon, ce seront toujours les mêmes qui définiront les règles du jeu.

 

Je pense qu'inévitablement une partie non négligeable devra retrouver le chemin du potager pour se nourrir, que des fermes d'un autre genre verront le jour. L'illusoire attraction des villes pour y trouver un emploi n'est qu'un leurre, et les citadins seront les plus impactés par la répartition de la nourriture si on ne développe pas en périphérie des villes des espaces de culture raisonnés pour assurer l'alimentation de habitants enfermés dans leur bureaux et appartements avec comme seul horizon des tours et immeubles plantés sur des avenues de bitume! Prenons garde que le futur ne soit pas plus funeste que celui prédit par les rapports scientifiques. Si nous arrivons à l'apogée de la race humaine, il faut s'attendre à des bouleversements qui seront insurmontables pour beaucoup.

 

Réaction de Philippe Colin à Lucas : je partage votre commentaire sur l'échelle temps pour mettre en place des solutions et non des exemples. Tout comme votre point de vue sur l'alarmisme des agronomes. Cependant un alarmiste trop fort (sans vraiment regarder la vision globale et trouver des solutions tenables pour le plus grand nombre) ne permet pas d'entamer les transitions. La raison est que chaque argument très fort peut être contredit par les filières qui sont accrochées aux producteurs et qui pilotent indirectement ce qui se fait sur le terrain (agro-industrie entre autres). Si je peux prendre 2 exemples :

 

1) La production d'énergie par les agriculteurs ( et je cible juste un domaine ) par le Biogaz est estimée à 56Twh si on mobilise tous les effluents d'élevages et déchets de cultures sur les fermes Françaises contre 51Twh ; Énergie consommée Par le secteur Agricole dans sa globalité en France ( source Ademe). Cet exemple est purement théorique mais permet de comprendre la faisabilité et l'échelle temps pour y arriver !!!

 

2) La fertilisation azotée à base de nitrates. Cette pratique est née après guerre où les usines de poudre (à canon) devaient trouver une reconversion ou fermer !!! Or cette poudre a été la base des premiers fertilisants "révolutionnaires". Aujourd'hui la part des nitrates utilisés en Agriculture est commune et pourtant les problèmes de qualité de l'eau sont de plus en plus sérieux. Lorsqu'on recherche comment la plante absorbe son azote (en particulier les graminées) et bien il apparaît que c'est la forme ammoniaquée la plus adaptée. En effet, les nitrates rendent la plante temporairement "fragile" lors de son adsorption ce qui se traduit par une capacité plus faible à lutter contre ses agresseurs (surtout champignons) . Beaucoup de chercheurs savent mais ne sont pas alarmistes. Pourquoi ??? Je vous laisse construire votre propre réponse.

 

Si j'en reviens au Biogaz, le digestat produit est composé d'azote ammoniacal (azote du cycle) et organique (protéines issues des bactéries du process de fermentation) . Ce digestat est riche (30-60%) en carbone. Ce qui m'alarme reste bien pourquoi ces Bourguignons sont fermement opposés à ces transitions qui doivent les déranger car elles sont source de solutions. Chaque petit pas constitue ce grand pas qui ne peut se faire sans un nombre important d'acteurs de terrain. Reste à prouver que l'ACV et la durabilité (reproductibilité) de toutes ces solutions de transitions soient cohérentes et moins impactantes que les anciennes. Si c'est le cas, alors il faut inciter ces initiatives agriécologiques et les confronter entre elles pour aller encore plus loin. Et alors nous pourrons probablement inventer une agroecologie sans (AB) ou moins de chimie (ACS) pour continuer de nourrir à l'échelle des pays des populations qui auront de nouveaux besoins (alimentation et Énergie).

 

 

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