Réflexions et propositions citoyennes de décisions publiques depuis la crise COVID19


Article du rapport collectif « Réflexions et propositions citoyennes de décisions publiques, en particulier sanitaires, depuis la crise COVID19 et pour les prochaines semaines »

Cet article est la conclusion du rapport du même nom consultable sur demande auprès de Jean-Pierre Nordmann (06 12 16 36 63, jpnordmann@yahoo.fr) ou téléchargeable ici

Ce rapport, rédigé début avril 2020, constitue un exercice démocratique de quelques citoyens français. Nous y soulignons la formidable résilience du système hospitalier français, qui a su en quelques semaines faire face à cette première vague COVID19. Une nouvelle approche sanitaire devra naître de cet épisode en renforçant les moyens dédiés au cœur de mission de l’hôpital, en responsabilisant plus chacun des acteurs du système sanitaire dans leurs fonctions, en développant une politique de prévention plus prescriptive et mieux financée.

Nous dénonçons dans le même temps l’approche « entre-deux » du confinement tel que pratiqué en France, coûteux en vies humaines, inquiétant d’un point de vue social et économique.

Nous pensons que la fragmentation de la société n’a pas disparu derrière les nouveaux actes fraternels nés pendant la crise, et proposons quelques pistes pour y remédier, à la fois sanitaires et politiques, pour les prochaines semaines.

Notre système hospitalier a su remarquablement s’adapter à l’urgence

Notre système hospitalier a su remarquablement s’adapter à l’urgence. Pour éviter une saturation du système hospitalier, les décideurs ont engagé une course contre-la-montre réussie en augmentant les capacités de prise en charge des cas critiques (les capacités en lits publics ou privés de réanimation ayant été multipliées par 3 ou 4 en quelques semaines) et en organisant une solidarité territoriale par le transfert de patients. Avec 7100 lits occupés en réanimation au pic de la crise (pour près de 15000 lits potentiellement mobilisables), la moitié des disponibilités potentielles maximum au niveau national a été sollicitée pour répondre à l’épidémie. Même si les critères d’admission en réanimation semblent avoir été resserrés, cette approche ne semble pas avoir conduit à des pertes de chance pour les patients.

La revanche des hospitaliers publics est enfin là après des années de politiques sanitaires contraignantes sur les ressources. Le malaise est loin d’avoir disparu, au contraire. Une nouvelle approche sanitaire devra naître de cet épisode en renforçant les moyens dédiés au cœur de mission de l’hôpital, en responsabilisant plus chacun des acteurs du système sanitaire dans leurs fonctions, en développant une politique de prévention plus prescriptive et mieux financée.

Ce qu’on appelle confinement est un entre-deux, coûteux en vies humaines

Le confinement tel que réalisé en France constitue un entre-deux (ni confinement total comme à Whuan, ni une approche ciblée comme en Corée) peu risqué politiquement, puisqu’il permet d’activer une politique sanitaire contre la transmission du virus, sans totalement séquestrer la population ni bloquer complètement l’économie, tout en s’appuyant sur des avis d’expertise médicale.

Ce n’est pas le choix fait par d’autres pays, en particulier asiatiques, qui confinent strictement tous les cas contaminés ou suspects, afin de permettre au reste du pays de continuer à fonctionner. La politique d’entre-deux est peu risquée politiquement en France pour plusieurs raisons :

  • Un mimétisme confortable par rapport à d’autres pays ;

  • Une difficulté à organiser le confinement strict d’une population (en rupture avec l’idéologie égalitaire) ;

  • Des risques sur l’économie et les libertés individuelles considérés comme non-prioritaires alors que le confinement est globalement vécu comme un ressourcement par la majorité des français (télétravail, vie familiale, tâches domestiques et de jardinage, espoir dans un nouvel ordre social et écologique, revalorisation de certains métiers, …).

Cet entre-deux constitue une politique sanitaire confortable mais peu efficiente, car le virus continue de se diffuser même lorsqu'il s'agit simplement de se promener ou de faire les courses. Cela conduit à un taux de contamination homogène et croissant parmi la population. Ainsi, notre modélisation (qui gagnerait évidemment à être affinée mais semble confirmée de jour en jour) indique que le nombre de morts sera trois fois plus important avec une approche homogène du confinement/déconfinement qu’avec une approche ciblée sur les profils à risque. Le Conseil scientifique a quantifié la population à risque à 17 millions de personnes. Suivant les études, le risque pour ces personnes peut-être jusqu’à 1000 fois plus fort que pour les autres (90% des malades sont âgés et/ou présentent une comorbidité).

La maladie étant fortement inégalitaire ; une approche homogène conduit donc forcément à une inefficacité sanitaire importante. En n'expliquant pas qui sont les personnes à risque, le gouvernement limite sa capacité à engager une réelle politique de prévention. Alors que le taux de survie en réanimation semble faible (10 à 25% selon des experts médicaux en médecine d’urgence et de soins critiques du cabinet Nordmann), il vaudrait mieux prévenir que tenter de guérir les personnes fragiles (âgées, obèses, risques vasculaires, …) car sinon celles-ci continueront à mourir.

Par ailleurs, on ne comptabilise pas les décès qui ont ou auront lieu du fait d’une trop grande focalisation de notre système sanitaire sur le COVID19 (AVC, infarctus, cancers, …) ou de l’impact du confinement sur la santé (risques psychiques, sédentarité, …).

Ce qu’on appelle fraternité s’appelle peur

De belles choses émergent pendant cette crise, avec les applaudissements aux fenêtres ou l’attention portée aux aînées. Mais quand on regarde plus attentivement, on se rend compte que 3 aspirations antagonistes se font face et ne manqueront pas de s’opposer dans quelques semaines :

Au-delà même des aspirations différentes, l’approche s’est fondée sur un bluff d’Etat, consistant à présenter la facture de la crise comme supportable dans tous les cas. Ainsi, le citoyen bercé dans l’illusion rassurante que l’Etat pourra, protégé notamment par le paravent européen, fonde son avis à partir d’une vision tronquée de la réalité.

Sans avoir de réponse, on perçoit assez rapidement que l’augmentation du niveau d’endettement de pays qui devront se financer dans des délais courts est un facteur de déstabilisation de la zone euro, voire d’éclatement de cette zone. Le risque inflationniste (peut-être tout à fait souhaitable pour les travailleurs, mais moins pour les inactifs) ne peut être écarté comme remède à l’endettement si on relocalise, augmente les salaires, augmente l’investissement public et réduit la pression fiscale.

Lorsqu’il s’agira de payer, gageons que la même solidarité puisse rassembler les français présents tous les soirs à 20h à leurs fenêtres, quels que soient leurs profils socio-économiques, territoriaux, culturels ou d’âge.

Un discours de vérité s’impose

On sacrifie notre Liberté au nom de l’Egalité et on ânonne mécaniquement des « restez chez vous » en guise de Fraternité plutôt que d’expliquer franchement que certains vont devoir payer la facture. Bien sûr le gouvernement doit s’appuyer sur des messages simples et acceptables pour notre culture latine. Est-ce pour autant efficace et pertinent ? Probablement pas lorsqu’on se compare aux pays le plus performant (Suède, Allemagne) et non aux derniers de la classe européenne (Italie, Espagne…).

Osons dès lors s’interroger sur notre système de santé, un bien collectif précieux, qui peut le rester en investissant sur l’hôpital, redéfinissant le rôle de chacun des acteurs et développant une véritable politique de prévention sanitaire.

Trouvons un sens collectif au travers d’une éthique commune, aujourd’hui écologique, plutôt que de laisser, par l’affaiblissement des corps intermédiaires et celui des pensées philosophiques ou religieuses (cf. L'Archipel français - Naissance d'une nation multiple et divisée par Jérôme Fourquet), un boulevard politique à la contestation voire aux extrêmes. Nous ne sommes (heureusement) pas en guerre, mais probablement à la fin d’un cycle.

Acceptons l’usage complet des nouvelles technologies (cf. The Economist du 28 mars 2020 « Creating the coronopticon ») et une approche plus prescriptive sur les consommations pour notre santé.

Proposons une solidarité générationnelle qui n’implique pas de sacrifier les générations futures de façon déraisonnée, alors même que les conséquences économiques et sociales du confinement (et de ses impacts collatéraux) toucheront les plus fragiles d’abord.

Enfin, essayons de faire de cette crise un moment démocratique. Un moment où on débat, on argumente, dans la recherche de l’intérêt collectif et donc du bien commun. La raison démocratique n’émane pas seulement de comités d’experts ou d’un leader apparaissant comme une figure christique, mais aussi et selon nous, de l’intelligence collective des citoyens.

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