Comment le changement climatique change déjà tout (et on n'est qu'en 2020)



On ne s'appesantira pas ici sur les effets déjà visibles du dérèglement climatique : fonte précoce du permafrost, pics de chaleur inédits, dépérissement des arbres, émergence de chaleurs humides extrêmes, acidification des océans, déclin du phytoplancton, fréquence accrue des feux de forêts, des sécheresses, des inondations…

Que dire ? Si ce n'est d'arrêter les bêtises, maintenant, pour sauver ce qui peut encore l'être. Le vivant n'a même pas besoin du dérèglement climatique pour s'effondrer, donc il faut vraiment arrêter les bêtises.

La question climatique a changé beaucoup de choses dans ma petite vie personnelle et professionnelle. Il en est de même dans beaucoup de domaines d'activité où la réflexion des acteurs est animée par la préparation aux effets du dérèglement climatique (pour le meilleur mais aussi pour le pire). C'est le sujet de cet article, qui vous invite à approfondir les sujets à travers les liens sélectionnés.

Les pétroliers se frottent les mains face à la fonte de l'Arctique.


Les armées se préparent à des déstabilisations géopolitiques et des crises humanitaires majeures, ainsi qu’à leur propre résilience en conditions climatiques extrêmes (en zone de sécheresse… ou en zone polaire, en lien avec le point précédent). Exemples ici, ici et ici.


Les naturalistes et gestionnaires d’espaces naturels préparent des stratégies d’adaptation et de protection des espèces et des écosystèmes vulnérables (ex. page 77 de ce rapport). Ils préservent les actifs écologiques permettant d’atténuer le dérèglement climatique et de faire tampon face aux épisodes extrêmes.

Les stations de ski préparent leur reconversion en « station de montagne ».

Bien que tiraillée entre sa gauche et sa droite, l’Eglise Catholique se fait une religion sur l’accueil de migrants climatiques (attention, jeu de mots).

Les assureurs revoient leurs modèles d’évaluation de la fréquence et de l’ampleur des sinistres, et cherchent à diminuer leur exposition aux risques juridiques, réglementaires et physiques (si tant est que ces derniers restent assurables).

Les financiers cherchent à réduire la volatilité de leurs portefeuilles d’actifs.

Le BRGM, le Conservatoire du Littoral, et les collectivités des zones côtières renforcent leurs protections artificielles et naturelles face à la montée des eaux.

Les agronomes et les agriculteurs développent des techniques de conservation des sols et des cultures plus résilientes face aux événements climatiques extrêmes.

Les viticulteurs et producteurs de champagne lorgnent l’Angleterre.

Certains citadins songent à quitter les villes.

Les Mairies doivent mettre à jour leurs Plans Communaux de Sauvegarde et leurs DICRIM.

Le secteur électrique se prépare à réduire l’activité des centrales en période de canicule.

Des étudiants en aéronautique dénoncent le greenwashing et réclament la réduction du trafic aérien.

Les agences de l'eau et les fournisseurs de services de gestion de l’eau préparent des plans de continuité en cas d’événements extrêmes, et déploient des modèles de recyclage de l’eau.

Les autorités sanitaires se préparent à une recrudescence des maladies sensibles au changement des températures et du régime des précipitations. Les botanistes et gestionnaires de forêts ont la tâche difficile d'adapter les arbres en seulement 2 générations face à un réchauffement particulièrement rapide.

Notre deuxième chambre du Parlement bosse. Elle bosse même très bien, avec ce rapport fournissant un excellent tour de la question de l'adaptation de la France au changement climatique (on est sûrs qu'Yves Cochet n'est pas sorti de sa retraite pour rédiger les pages 9 à 13 ?).

Les climato-négationnistes doivent redoubler d'inventivité. Les Cornucopiens et les populistes mettent la tête dans le sable et détournent le sujet : le problème ce sont les Khmers Verts et Greta Thunberg. Le chant du cygne ?

Les climatologues sortent de leur réserve et montent au créneau. Le langage est de plus en plus cru et de plus en plus direct. On termine avec les extraits d'une interview de Michael E. Mann pour Le Monde

Selon le climatologue américain Michael E. Mann, les événements climatiques extrêmes se produisent plus tôt et avec une plus grande ampleur que ce que les modèles avaient prévu.

Propos recueillis par Audrey Garric pour Le Monde le 22/09/20

Incendies en Californie ou en Amazonie, multiplication des ouragans, chaleurs extrêmes, fonte de la banquise spectaculaire, débâcle des calottes glaciaires : les catastrophes climatiques se succèdent sans relâche. Le climatologue américain Michael E. Mann, directeur du Earth System Science Center de l’université de Pennsylvanie, décrypte cette « nouvelle normalité ».

Le dérèglement climatique est-il responsable de toutes les catastrophes qui se multiplient cette année, ou bien d’autres phénomènes jouent-ils également un rôle ?

Un phénomène connu appelé La Niña est en cours, et ces températures de surface anormalement fraîches dans le Pacifique équatorial est facilitent la formation d’ouragans et de tempêtes dans l’Atlantique. Mais la variabilité naturelle du climat ne peut expliquer les extrêmes météorologiques et climatiques sans précédent auxquels nous assistons actuellement. Nous sommes témoins des effets du dérèglement climatique d’origine humaine, et ce n’est pas sorcier à comprendre : davantage d’humidité s’évapore dans l’atmosphère, d’une part en raison d’un océan plus chaud, ce qui aggrave les inondations dues aux tempêtes côtières, et d’autre part en raison de sols plus chauds, ce qui aggrave les sécheresses. Le réchauffement climatique entraîne des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses. Or, si la chaleur et la sécheresse se combinent, les incendies de forêt s’intensifient.

Ainsi, la canicule qu’a connue le nord de l’Europe en 2018 a été rendue deux fois plus probable par le changement climatique. La probabilité qu’un ouragan comme Florence (catégorie 4) touche les Etats-Unis, toujours en 2018, a été multipliée par 50 en raison du réchauffement des océans. En 2019, Dorian, avec des vents qui ont frôlé 300 km/h, s’est avéré le cyclone le plus puissant de l’Atlantique à avoir touché terre (à égalité avec une autre tempête). Et fin août, Laura est devenue l’ouragan qui s’est intensifié le plus rapidement dans l’histoire avant de frapper la côte du golfe du Mexique. Nous faisons désormais face à un dérèglement climatique dangereux et il faut savoir jusqu’à quel point nous sommes prêts à le laisser s’aggraver.

Cette année enregistre-t-elle davantage d’événements climatiques intenses ?

Je dirais qu’elle est similaire à ce que nous avons vu à l’été 2018, avec des extrêmes météorologiques sans précédent dans l’hémisphère Nord. Il s’agit d’une nouvelle normalité. Désormais, aucun endroit ni aucun d’entre nous n’est à l’abri du changement climatique. Mais la situation va encore empirer si nous n’agissons pas. De grandes parties des tropiques et des régions subtropicales deviendront inhabitables d’ici à la fin du siècle si nous ne réduisons pas considérablement les émissions dans les décennies à venir.

Le climat se dérègle-t-il plus rapidement que ce que les derniers modèles scientifiques prévoient ?

Certains changements, comme le réchauffement de la planète (+ 1,1 °C par rapport à l’ère préindustrielle), sont tout à fait conformes aux prévisions des modèles. Mais d’autres impacts, comme la fonte des calottes glaciaires et l’élévation du niveau de la mer, ainsi que l’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes (les feux de forêt, les super-tempêtes, les inondations, etc.), se produisent plus tôt et avec une plus grande ampleur que ce que les modèles avaient prévu. Les incendies de forêt en Californie et en Australie cette année ont par exemple été sans précédent en termes d’intensité et de dommages. Nous savons aussi que les projections futures pour ce type d’événements sont sous-estimées.

Les climatosceptiques aiment invoquer l’imperfection des modèles pour justifier l’inaction en matière de climat. Mais c’est tout le contraire : le climat réel est probablement plus dynamique que ce que nos modèles climatiques simplifiés peuvent rendre compte, ce qui signifie que les impacts du réchauffement sont davantage susceptibles d’être plus importants que ce que les modèles ont prévu. Cela nous rappelle que l’incertitude n’est pas de notre côté et que le coût de l’inaction est bien plus élevé que le coût de l’action.

De nombreux scientifiques jugent désormais que la trajectoire actuelle des émissions est moins dramatique que celle du scénario le plus pessimiste du GIEC (le RCP 8.5). Qu’en pensez-vous ?

D’autres travaux, que je trouve convaincants, montrent qu’en fait, nous sommes très proches de ce scénario pessimiste. Les critiques de ce scénario affirment que les émissions de CO2 provenant des combustibles fossiles sont actuellement inférieures à celles supposées dans le RCP 8.5. Mais ils négligent le fait que l’amplification des « boucles de rétroaction » compense largement cette situation, comme par exemple les rejets massifs de CO2 libéré dans l’atmosphère lors des mégafeux causés en Australie et dans l’ouest des Etats-Unis, qui aggravent le dérèglement climatique. Il est, à mon sens, tout à fait raisonnable de retenir la trajectoire du RCP 8.5 comme scénario catastrophe potentiel : les concentrations de CO2 pourraient augmenter encore plus rapidement, étant donné les incertitudes quant à la réaction du cycle du carbone mondial au réchauffement en cours.

Jugez-vous que la Terre a atteint un point de non-retour ?

Il n’y a pas de « point de basculement » ou de « point de non-retour » unique. Plus nous brûlons de combustibles fossiles, plus nous réchauffons la planète et plus les impacts sont importants. Si nous arrêtons de brûler des combustibles fossiles maintenant, la température de la Terre se stabilisera d’ici quelques années. Certains dégâts sont déjà irrémédiables et nous devons déjà nous adapter aux risques élevés provoqués par le réchauffement qui a eu lieu. Mais nous pouvons prévenir les pires impacts si nous agissons maintenant.

Croyez-vous qu’il soit encore possible de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C ?

Il n’est absolument pas trop tard pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Nos travaux montrent que c’est encore possible, à condition de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7,5 % par an au cours de la prochaine décennie. Rien, dans la physique de la Terre, ne nous empêche d’y parvenir. Les seules véritables limites à l’heure actuelle sont la volonté politique. Si nous n’agissons pas dans les prochaines années, la possibilité de limiter le réchauffement à 1,5 °C pourrait bien disparaître. Mais même si c’était le cas, cela ne signifie pas que nous devons baisser les bras. Limiter le réchauffement à 2 °C permettra d’éviter des dommages bien plus importants que de laisser le réchauffement dépasser 2,5 °C. Et ainsi de suite pour 3 °C.

Que répondez-vous à Donald Trump qui estime que le climat va se refroidir et que les scientifiques ne peuvent pas prévoir le climat à venir ?

Donald Trump est un maelström d’ignorance, d’avidité et d’égoïsme. Plus largement, les principaux obstacles à la lutte contre le changement climatique aux Etats-Unis sont les efforts de certains « inactivistes » pour minimiser la menace, pour détourner l’attention des vraies solutions (arrêter de brûler des combustibles fossiles, changer de modèle agricole, etc.), pour rejeter la faute sur les individus plutôt que sur les pollueurs, pour diviser la communauté des militants pour le climat et même pour promouvoir la fatalité et le désespoir, ce qui peut être aussi handicapant que la négation pure et simple.

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