Socles de stabilité et santé systémique : quels fondements ?

Par Joël Mortensen


Emballement des risques systémiques


À partir de maintenant, l’extension des variables de nos repères sera la plus grande et la plus chaotique jamais connue du fait de l’emballement en cascade des conséquences non-linéaires, entre autres, du changement climatique.


En d’autres termes, nous aurons moins de stabilité systémique et moins d’ensembles de repères au fur et à mesure que nous entrons dans des zones d’emballement produisant de plus en plus de phénomènes émergents. Sommes-nous prêts scientifiquement, socialement et politiquement à nous adapter à ces situations ?


Une fragilité qui dépend de notre conception de la stabilité


La crise du Covid de 2020-20?? est un petit exemple de notre fragilité systémique et de ses effets.


Il est probablement suicidaire de poursuivre les tendances à la dérégulation de ces dernières décennies et de réduire la diversité des perspectives et des points de vue. Notamment en réservant les points de vue d’interprétation et de réaction à une gouvernance « d’élite » exclusive. Pour réduire le chaos, il faut au minimum encourager l’adaptation fondamentale des futures réactions collectives face aux multitudes de nouvelles conditions et variables émergentes qui s’annoncent.


Nous nous réfugions vite dans les clichés référentiels lorsque le changement trop soudain nous submerge. Mais il ne faut pas pour autant se tromper de fondamentaux. Une base stable est une base large. L’omniscience n’existe pas. En outre, certaines représentations ontologiques verticalisantes sont douteuses si les phénomènes biologiques sont régulés par des boucles de rétroaction et fonctionnent en écosystèmes.


Quels socles de sécurité et actions préventives pour réduire les risques systémiques ?


L’intelligence collective (ou la « culture » dans tous les sens du terme) est probablement le terreau plus ou moins fertile de notre future survie. Notre survie se cultive par une culture : une production d’intelligence adaptative.

L’intelligence collective d’adaptation et de stabilité peut être définie comme un partage de connaissances, d’habitudes de terrain, d’ouverture à la science et d’habitudes de coopération pour une adaptation statistiquement plus précise, bien fondée, bien ancrée et intégrée du rapport aux variables locales et contextuelles de la réalité.


L’idéologie dominante actuelle n’est pas adaptée aux risques biologiques. Elle n’est pas intégrative. Elle est largement fondée sur « l’économie de l’addiction et de la frustration » et les modèles de comportements encouragés sont l’extension illimitée et le consumérisme frénétique par la pression sociale. En cas de crise, les réflexes d’autoritarisme vertical comportent des limites de désynchronisation. Car on devient plus rapidement hors-sol qu’autrefois : nous ne sommes plus dans un environnement aux changements très lents comme au Moyen-âge. La référence doit être contextualisée. L’auto-régulation qui garantit la stabilité systémique apparaît en outre rarement voire quasiment jamais sans contraintes, contre-pouvoirs, voire modèles systémiques concurrents.


Comment imaginer la future intelligence collective de prévention des risques ?


- Un accès gratuit à une éducation de qualité ? Réduire l’ignorance, voire accroître les capacités ?


- Des conditions de confiance mutuelle ?


- Des médias de haute qualité pour redonner confiance en l’information et comprendre ce qui fragilise le système ?


- Des médias qui éduquent scientifiquement et nourrissent ainsi les capacités de réactions culturelles face aux catastrophes à large échelle (risques climatiques extrêmes, pandémies et tous les futurs problèmes causés par les effondrements – déjà bien entamés – de nos écosystèmes) ? En d’autres termes : une capacité auto-référentielle pour la prévention collective des risques ?


- S’habituer aux débats démocratiques pluralistes et éclairés, à poser des questions et à organiser des événements culturels festifs forgeant un esprit positif pour plus d’intelligence collective, pour renforcer la robustesse des liens de solidarité et la compréhension mutuelle facilitée ? Du « liant » et des liens affectifs solides pour obtenir de la stabilité sociale pacifiée ?


- Des services publics robustes et de qualité pour garantir des socles de stabilité de base (un système de santé gratuit et solide, des transports publics plus propres, de bonnes écoles, bien équiper les services de lutte contre les incendies, bénéficier d’une forte protection sociale et environnementale, une justice de confiance, etc.) ?


- Une culture encourageant la flexibilité de l’imagination, des connaissances scientifiques et la capacité à comprendre ? De la flexibilité adaptative ?


- Des événements culturels et des arts plus richement créatifs et divers. Ainsi qu’une promotion des innovations pour développer intuitions, imagination et créativité face aux situations inédites ? De l’imagination entraînée à trouver des solutions ?


- Une culture plus partageuse et encourageant l’habitude de coopération constructive, pragmatique et pacifique pour éviter les tensions dangereuses et réduire les déchets ?


- Une recherche scientifique libre, bien ancrée dans le réel, financée, encouragée autant que possible et moins réduite à servir des cupidités court-termistes privées ?


Les situations nouvelles créent évidemment des changements politiques et culturels. Mais nous avons naturellement tendance à utiliser des références idéologiques non adaptées, issues de situations systémiques antérieures sans prendre en considération certaines conditions telles que la stabilité environnementale du passé, l’évolution des « ressources » naturelles et la transformation des conditions d’harmonisation indirectes. On se réfugie encore plus facilement dans des mondes mytho-poétiques, la grandiosité symbolique et / ou des faux paradigmes ou des métaphores inadaptées si les outils de base pour saisir et gérer les nouvelles situations systémiques sont indisponibles.


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Joël Mortensen

Traducteur de danois et d’anglais et doctorant en linguistique. Travaille sur une approche théorique de l’émergence conceptuelle et symbolique d’un point de vue systémique et biologique. STIH Sorbonne.

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